L’intégrale des Causses - de face, de profil, en biais

 


Fred : 62ème et dernier km, que de la descente, je me sens frais, je vois l’arrivée. Trop content, trop satisfait, C’est terminé ! Enfin presque, reste la photo finish, 3 marches à monter avant The finish line…. Et finalement pas si frais que ça, mon bâton se coince sur la dernière marche et je m’écroule (fierté houhou où es-tu ?), 1er et dernier couac d’une journée parfaite. 9h30 – Top 100 – et que du plaisir.
Emilie : J’avais vécu l’enfer sur les 2 derniers kms l’année dernière. C’est bon, je suis prête à le revivre, tout va bien !  2 kms de descente en « ravin », en tout cas dans ma tête, qui me paraissent interminables. Je peste, mais pas trop. Patience ! J’entends enfin les micros. La  pente s’adoucie, je cours, mes jambes suivent. Le bonheur total ! Un petit tour de piste, quelques escaliers, les copains (Nelly, Fred, François et Marion) m’acclament de loin, le speaker annonce l’arrivée de Pikachu ( ?!) et me voilà passée sous l’arche. Nelly et Fred sont frais et heureux. Moi aussi du coup ! On va boire une bière ?
Nelly : La voix du speaker devient plus qu’un murmure. Je tartine littéralement en descente et je lâche tout, doublant des mecs qui n’ont vraiment plus de jus. Je sais que l’arrivée est proche et que je vais franchir la ligne sans difficultés et sans être dans le mal.

FLASHBACK – INSCRIPTION ET PREPARATION
Fred :
02/12/18 : Nelly et Emilie m’emmènent dans le Lot pour mon 1er trail, le Trail de L’igue, c’est pas un ultra il fait 7km ! (Wouhou… Voir grand, Commencer petit). Et déjà ça me paraît long et difficile avec le déniv. Je m’accroche à Emilie qui fera 1ère féminine. A cet instant je me dis le trail … c’est cool …. Mais c’est dur. C’est en toute logique, comme souvent, que 2 mois après ces mêmes traileuses arrivent à me convaincre de m’inscrire à l’intégrale des templiers (62km) en m’expliquant qu’on a le temps, blablablablabla.
7 mois plus tard nous y voilà déjà. Entrainement CAP au compteur : 400km en 8 mois, la blessure TFL à chaque sortie longue, tous les éléments sont réuni pour faire de la merde ;  mais je suis confiant, j’ai survécu aux randonnées et au trail de Zermatt cet été. J’ai peu couru mais en bonne intelligence… du moins c’est ce que je me répète pour me rassurer. ☺ 
Emilie :
Tout a débuté le 19 octobre 2018. Nous nous étions inscrites avec Nelly sur le Marathon du Larzac. Notre premier « gros » trail sur un festival qui nous paraissait sympa, dans un coin Spectaculaire (Si si ☺ ). Je pars sans prépa, sans mesurer du tout la chose, avec une semaine chargée en apéros et déficitaire en sommeil. Résultat : l’horreur dès le 8ème kilomètre. Je me sens nauséeuse, à la limite du malaise. Je serre les dents, chouine un peu, crampe à des endroits improbables …je finis mes 36kms en 5h20 dans la douleur et un peu choquée.
Quelques semaines plus tard, Nelly nous lance avec Fred sur la même course, format X2. On s’inscrit #masos.
De la difficulté naît probablement la sagesse. Une petite prépa sera indispensable à ma survie ! Elle débutera fin août. Parfait, pas (trop) de frustrations pendant l’été ! Arnaud, un copain de Fred, nous motive pour un voyage en Suisse, sur un trail « de grands », le Matterhorn à Zermatt. A l’arrivée sur le site, j’ai l’impression d’être entourée d’alpinistes aux mollets que Hulk pourrait envier. Je flippe grave ! Nelly s’est engagée sur le 49kms-3600D+ avec Ben et Arnaud. Ils m’impressionnent ! On part sur le 32kms-2000D+ avec Fred. Je souffre de l’altitude, j’adopte un rythme lent. Le paysage est Ouffissime. Fred m’attend et subi mes râleries sur les derniers kms (merci <3 ). Au final, c’était dur mais sacrément chouette. Il faut enchaîner ! Les vacances d’août seront donc sportives avec un peu de D+.
On s’inscrit en septembre avec Fred sur un trail de 29kms à Cazères (merci Ben ;) ), puis je suis Nelly sur le 30kms du Cassoulet. Les parcours sont roulants, mes chevilles ont l’air de tenir et mes jambes avalent les kms sans trop broncher (mis à part une contracture au mollet que je vais tenter d’ignorer).
Intégrale des Causses, nous voilà !

 

 

RAVITO 1 : 20 kms
Nelly : Nous trottinons à la lueur des quelques lumières du hameau pour rejoindre le point de départ de notre course à Peyreleau. Nous sommes larges. Nous atteignons la masse de coureurs et le speaker scande « Départ dans une minute ! ». Ameno de Era retentit déjà depuis un bon moment, on arrive pour la dernière partie de la chanson. Je refais mes lacets, et je n’ai pas le temps de réaliser qu’on prend le départ d’une course de 60 bornes.
Toujours un plaisir de démarrer une course dans l’obscurité. Tu as l’impression d’aller plus vite et tu as la surprise diffuse du décor qui se dévoile. Je n’arrive vraiment pas à m’en lasser. Emilie et Fred sont derrière moi. La première montée en direction de l’Ermitage Saint Michel se fait sans trop mal. Replat et première descente. J’entends une foulée rapide, vive. Une foulée familière. Les pas se rapprochent. C’est Fred qui revient à ma hauteur. « Je suis un diesel ! » qu’il dit. Et puis il se casse en trottinant, hyper concentré, ses lunettes sur le nez. Il aura bien le TFL d’ici quelques kilomètres...

Fred : C’est beau l’Aveyron …. Enfin il paraît, il fait nuit on voit rien, mes yeux sont encore collés alors j’y vais prudemment en suivant Nelly, elle a l’expérience. Prudemment … enfin j’en chie quand même, je pensais qu’elle partirait moins vite… Mais + les km défilent + je me sens bien. Déjà au 1er  ravito… oups j’ai semé Nelly.

Emilie : J’y vais mais j’ai peur ! On part avec Nelly, Fred et Gaëtan (un lotois aveyronnais traileur de l’extrême). On est à la bourre, une habitude me concernant (sorry…).On arrive en courant sans même avoir le temps de profiter du SAS ambiancé par ERA. J’accroche mon dossard à l’arrache et c’est parti ! On se souhaite bonne course, je dis à Fred et Nelly que je les aime (on ne sait jamais hein^^). J’applique les conseils d’Etienne : ne pas se cramer en montée. Je pars tranquillement et perd rapidement mes acolytes. Les 1ers kms se passent bien. Juste « Gertrude », une coureuse qui ne cesse de tout commenter sur le parcours. 1er objectif : la semer ! J’y parviens et arrive au premier ravito. Il y a des crêpes (Youpi !!!). J’alterne avec des chips, de l’eau pétillante et des bonbons. La vie est belle !  Là, j’entends arriver la Evelyne Delia du trail….GERTRUDE : « Finalement il fait beau. Non, parce qu’ils avaient prévu de la pluie quand même ». Je quitte le ravito !
Les paysages sont dingues, je profite de ma course à fond. « Courir c’est trop cool, le trail c’est trop cool, venir ici avec mes potes…c’est trop cool ! »


 

 


RAVITO 2 : 35 kms
Fred : Je prends mon temps en montée (piano piano)
J’enfile ma WingSuit en descente (wouhouhou)
Cette section passe super vite. Pas de TFL à signaler. Ça sent bon. Ah oui au fait, c’est beau l’Aveyron.

 

 

Nelly : Un panneau en pleine forêt indique que le 1er ravitaillement solide est dans 4.5 kms, soit au 21kms. Ascenseur émotionnel : je rêvais d’un coca au 18ème. Je ne sais pas ce qu’il se passe dans ma tête, je me répète « je veux du Coca » avec l’accent Ch’ti … : / du coup dans mon esprit ça donne un truc comme « Je veux du Cocau ». Ça me fait sourire, il en faut pas beaucoup. J’arrive à Saint André de Vézines, village du 1er ravito et bois deux verres de Cocau d’affilés. Quelques gouttes et j’ai l’impression de m’être refroidie. La pluie va-t-elle continuer pour la journée ? Finalement, ce ne sera pas le cas (Emilie a sûrement fait des pieds et des mains pour implorer dame Nature aveyronnaise de ne pas nous asperger de flotte abondamment pendant 9h ☺ )
Nous rejoignons le Causse et traversons le superbe site des rochers de Roques Altes. C’est ouf, au loin on a la vue sur tout le Causse. C’est Waw –beautiful !

Emilie : Je reprends mon régime crêpes (je bénis les bénévoles pour ça !) – chips – eau pétillante et c’est reparti. Et là, mince, il faut descendre. On entre dans les sous-bois. Il y a des racines partout, le soleil est aux abonnés absent, j’ai mal aux cuisses. J’ai peur pour mes chevilles. L’euphorie du 40ème km est enterrée. « Le trail c’est naze ! Qu’est-ce que je fous-là ? c’est trop long, je vais arriver dans 2 jours ou me faire bouffer par un sanglier ». On sort des sous-bois et je  vois des vautours tourner. « Si tu t’arrêtes, tu es foutue ! » Je commence à me parler toute seule à haute-voix (« la douleur, c’est dans la tête »). Ça craint !

 

RAVITO 3 : 55 kms
Nelly : 31kms en fond de vallée (la moitié du parcours – je suis contente dans ma tête), dans une sorte de ruisseau asséché, on est une petite dizaine à courir. Un mec me double dans un endroit improbable et se rend compte que nous sommes plus que lui et moi. Je le taquine en lui demandant s’il joue le podium.
Ravito en eau à La Roque Sainte Marguerite (le mec au podium manqué me laissera la primeur pour remplir mes flasques et s’excusera à nouveau) et on remonte direction Pierrefiche. Avant de reprendre les raidillons, un coureur est assis par terre. Son collègue le motive en lui disant « Il y a un bon gros ravito en haut, avec plein de truc à manger, vraiment énorme, avec des barres et tout. ». Son pote n’en a rien à faire et il lui le dira : « j’men fou, j’ai pas faim ».
La montée est sooo loongue, je commence à ne plus trop avancer.
Et puis je crois que c’est à ce moment-là que j’apprends un nom de code : « Endurance, Endurance ». Ça, « Endurance, Endurance », ça signifie que toi, tu ne t’es pas levé à 4h du mat’ pour taper 100 bornes au fin fond du Causse et qu’il faut que tu sautes illico presto dans le talus ou les bartas et pour laisser passer les champions. Grand respect pour les 1ers qui nous doublent. Ce sont ls seuls qui trottinent en côte alors que j’en suis à ma deuxième pâte de fruits pour me donner du baume au cœur et réussir mon planter de bâtons de trail.
Après Pierrefiche, c’est du plaisir. On reprend une partie du circuit de l’année passée et notamment une descente sur laquelle j’avais eu de très très bonnes sensations. C’était à peu de choses près, identique et l’arrivée à Massebiau se fait rapidement ; l’ascension qui suit, beaucoup moins. Je suis cuite et j’avais oublié le petit raidillon après le replat.
Ravito à la Cade, je ne traine pas car les 6/7 derniers kilomètres restent longs.

 

Emilie :Je me fais des copains, un lillois et 2 Alain. La motivation revient. Je perçois la fin de la descente ☺ Je remonte la pente, dans tous les sens du terme, jusqu’au 3ème ravito. Des coureurs du 100kms nous doublent avec une aisance déconcertante. Ils sont surhumains ces types ! Je grimpe la montée du Cade (celle sur laquelle j’avais tant souffert l’année dernière)  tranquillement, sans douleurs. J’arrive au troisième ravito heureuse. Mes cuisses et moi, on a repris du peps. Je sais que je vais souffrir sur la dernière descente. « Ah mais oui, tu as payé pour ça cocotte ! »


Fred : Oups, j’ai trop profité du ravito… trop mangé, trop bu, la peau du ventre bien tendu. Dire que j’ai pris tout une épicerie dans mon sac et que je ne l’ai toujours pas ouvert. #sherpa. Petit passage à vide, (ce n’est pas si beau l’Aveyron). Finalement la forme revient dans les passages délicats et je suis déjà au ravito3. Les derniers km ne sont que de la descente je sais que c’est gagné. J’espère qu’il y en aura d’autres, j’y pense déjà dans la descente. Ça va être à mon tour de motiver mes compères pour aller sur d’autres courses mythiques… la suite, l’arrivée, vous la connaissez. On a tous bien géré et pris du plaisir, que demander de + … Ah oui, en fait c’est beau l’Aveyron. Merci à toute la dream team de Zermatt et à ma partenaire de randonnée car c’est là que tout s’est joué.

 

 

 

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