A bout de souffle - Swiss peak Trail 360

18/02/2020

Il est minuit passé, nous sommes désormais le Jeudi 5 Septembre, dans quelques heures le 4ème jour de course sera révolu. L’obscurité des chemins suisses éclairés furtivement par une frontale isolée au milieu du scintillement somptueux de milliers d’étoiles a laissé place à la lueur blafarde de néons (in)hospitaliers. Jimmy, infirmier aux urgences de Monthey, vient m’extirper de ma torpeur pour me conduire dans la pièce des radiographies. Mes poumons sont mis à nu et révèlent l’origine du mal qui m’a assailli 12h plus tôt, en repartant du ravitaillement de l’Auberge de Salanfe au km 290, après 18kms très montagne. Le sifflement perçu très facilement au stéthoscope possède désormais une origine biologique réelle : une pneumopathie, à savoir une belle infection alvéolaire. Le cœur même du système respiratoire est donc touché, ceci suffisamment pour que les alertes perçues et subies durant les 24h qui ont précédées la crise de Salanfe ne fassent bloc et informent ouvertement mon corps que celui-ci ne touche certaines limites et n’aille au-delà de dangers plus grands. En l’état, tout est encore ok, pas de fièvre, pression artérielle et saturation en oxygène dans les normes, douleur thoracique inexistante … au repos. Mais des quintes de toux à n’en plus finir quand je marche, une hyperventilation constante pour capter le maximum d’oxygène, ce gaz vital qui a du mal à franchir la barrière de glaires purulents tapissant mes poumons, soit au sens propre un calvaire le long du chemin de croix reliant Salanfe à la base de vie de Champéry, 6ème et dernière de l’épreuve, 15kms plus loin.

 

 

Champéry - mercredi 16h : j’y suis enfin … la joie est réelle mais invisible face aux stigmates de souffrance que l’on peut lire sur mon visage. Je tente de dormir en attendant les médecins mais être allongé accentue les quintes de toux et la sensation d’étouffement. Je divague, somnole, et parvient finalement à m’assoupir tant bien que mal, assis. Je suis un zombie, un peu revenu de nulle part, heureux d’être dans une base de vie qui n’a jamais aussi bien porté son nom, mais abasourdi devant ce que je n’ose imaginer. Je me réveille peu de temps après, l’arrivée des médecins est imminente, ce qui me « booste » tant bien que mal pour me lever, aller me doucher, échanger un peu avec ce que j’ai de plus proche au téléphone. Les médecins de course sont là et une discussion franche s’engage alors pendant que je me restaure : continuer mais il n’y a personne avec qui repartir sur le moment, puis il fait nuit, puis pour la 1ère fois de ma vie, je ne maitrise pas et crains la réaction de mon corps. Je pourrai aussi attendre Thomas et Camille quelques heures et repartir avec mes amis et compagnons de préparation estivale. Ou alors les urgences. Une prise en charge hospitalière, pour évaluer au mieux et éviter le pire. La raison l’emporte sur la passion, les connaissances théoriques de physiologie gagnent la bataille face à la passion d’aller encore plus loin, plus haut. C’est la fin d’une aventure longue de 305kms, les 6/7èmes du parcours avaient été franchi parfois de haute lutte et surtout d’une manière qui continue de me surprendre très à l’avant de la course. Sans pépins, ne restaient qu’une quinzaine d’heures, 3000m de dénivelé positif sur les 26000m, et 60kms.

 

 

 

Auberge de Salanfe - mercredi 11h30 : je sors d’une nuit blanche parcourue seul en 3ème position de cette 2ème édition de la Swiss Peak 360, une traversée du Valais d’Oberwald au Bouveret, de la suisse germanique à la suisse romande, des glaciers desquels le Rhône prend sa source à son embouchure dans le lac Léman. Etre 3ème à ce moment-là commence à être excitant mais ne veut pas encore dire grand-chose devant ce qu’il reste à accomplir et la délicate gestion du sommeil que je n’ai que très peu pris jusqu’à présent (45min sur les 72h de course). La seule certitude, les deux premiers écrasent la course, notamment Andrea, futur vainqueur, que j’ai pu, un aléa parmi tant d’autres dans ce genre de périple, reprendre dans les 1000m de montée suivant la première base de vie de Fiesch au km 50, mais qui, dès le col passé, m’a clairement (dé)montré que nous n’avions pas la même foulée ;-).

Continuons néanmoins le flash-back. Je suis reparti avec Moisis « le Grec » de Champex Lac, 5ème et avant dernière base de vie (Km 251) vers 23h30 la veille, mercredi, après massage, évaluation/soin des poumons qui sifflent et deux bols ingurgités de pâtes bolognaise. Mon compagnon d’aventure du gros bloc Zinal (Base de vie 3, km 157) – Grande Dixence (Base de vie 4, km 204) – Champex Lac est resté dormir 1H30. C’est Albert Herrero, un catalan pas fier pour un sou malgré son palmarès et son expérience, un joyau d’humanité, il me fait penser à Fernando, de par son humilité et sa sagesse. Avec Moisis c’est plus compliqué d’échanger, il ne parle pas un mot d’autre chose que le grec, gère ses pieds défoncés avec sa crème grecque et ne veut entendre parler d’aucune autre, reste debout aux ravitos en picorant un tuc ou une patate, ne dort pas …. Ses pieds ne l’embêtent pas en montée, loin de là, mais il commence à vraiment galérer sur toute portion courue ; aussi, peu de temps après Champex, je ne vois plus sa frontale par-dessus mes épaules, me retourne, l’appelle, et l’entend me répondre « Go Go Go », ses mots anglais favoris et parfaitement maitrisés.

Je pars seul donc, il fait noir évidemment, nous sommes en forêt entre 1400 et 1800m d’altitude, le rythme est bon, cette pause de 2h à Champex a été salvatrice. J’avance, rien ne m’arrête, mes poumons me laissent tranquille à ce moment-là, et mes jambes sont comme neuves après un massage non pas à l’huile mais au talc, relativement peu évident à encaisser sur le moment pour mes poils. Ravitaillement de la Giète, longue descente sur les traces de l’UTMB, Col de la Forclaz, Trient, puis diverticule coquin des organisateurs de 300D-/300D+ pour rejoindre le 2nd ravitaillement de ce tronçon, Finhaut (km 273). Un petit couple de « vieux » gère l’endroit, je suis seul, on bavarde un peu, je me renseigne comme à chaque fois sur l’avant de la course (non pas qu’il y ait quelque chose à jouer, je suis surtout curieux de leur gestion du sommeil, ou plutôt intrigué par l’absence total de celui-ci) et sur l’arrière, Albert, Moisis et Michael, local de l’étape et podium l’an passé sont ensembles à plusieurs encablures. Je dois appeler Champex pour les rassurer sur mes poumons, ce que je fais sans travestir la réalité. Puis je repars pour LE gros bloc menant à Salanfe. J’avale le dénivelé, me sens à mon aise malgré la fatigue d’une 3ème nuit passée dehors, seul cette fois, et arrive sur les hauteurs du barrage d’Emosson au lever du soleil. C’est splendide, les arêtes et cimes blanches teintées de rose, le mont blanc, les oiseaux qui piaillent, la nature, sa grandeur, sa simplicité. Cela n’a pas été tout le temps le cas au cours de cette traversée mais force est de constater que depuis Grande Dixence, nous sommes en pleine montagne, à la fois belle et hostile, technique et recelant 1000 merveilles… Je redescends sagement vers le barrage, ai le droit, privilège du classement, à une interview express, puis repars à l’assaut des cols de Barberine et Emaney vers 2500m d’altitude.

 

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Des isards et chèvres sont à ce moment-là mes seuls compagnons d’aventure, moi, mon camelbak et la fatigue qui commence sérieusement à se faire sentir. L’Auberge de Salanfe arrive après une dernière descente exigeante et la traversée d’un barrage où je m’inquiète de ne pouvoir trotter. J’y suis néanmoins et je peste à la vue de ce qui est proposé. Autant ce fut des choses variées à souhait jusqu’à Champex, autant depuis cette base de vie, les ravitaillements sont tous identiques, et minimalistes. Pas de chaud sauf du bouillon, le restaurateur à l’étage n’est pas enclin à me faire de simples œufs brouillés que je compte payer, car ceci n’est pas sur la carte … Bref inutile d’aller plus loin dans les tractations, je ne suis déjà pas d’humeur, et, me connaissant, cet état peu bienveillant envers les adorables bénévoles présents ne traduit rien de bon. Je m’assoupis 5 minutes assis sur ma chaise, tête contre le crépis du mur, couverture sur moi, puis au 1er frisson et 1er cassage de nuque, il faut repartir, Champéry, la dernière base de vie, n’est désormais qu’à 500m de d+, le temps de passer le Col de Susanfe, et une longue descente de 10/15 kms. Autant se poser dans un endroit plus adapté.

Le soleil est à son paroxysme, je salue les bénévoles puis commencer à revouloir trotter … 2m, avant que je ne m’arrête terrassé par une quinte de toux de fumeur invétéré. Une quinte qui ne s’arrête pas, notamment car rien ne sort, tout est bloqué. J’avance doucement en marchant, ce qui ralentit la crise mais ne l’estompe pas, et c’est tous les 10m que je me retrouve plié en deux, à tenter d’expectorer le mal. Un couple de randonneurs s’inquiète mais ne peut rien me proposer. Je me dis que ça va passer plutôt que de faire ½ tour, je me dis que le salut vient de l’avant plutôt que de l’arrière, je me dis qu’à ce rythme Albert, désormais seul 4ème, ne mettra pas trop longtemps à me reprendre et m’encouragera à le suivre. Je ne m’étais pas trompé sur cette dernière option, l’ibère me retrouve après un moment interminable d’avancée chancelante m’ayant conduit à mi-col, s’inquiète pour moi, interpelle quelques randonneurs pour savoir si ils ont de la ventoline, se cale devant moi et impose un rythme de marche très lent qui me motive à le suivre malgré la sensation d’étouffer et de ne pouvoir plus respirer. Je m’arrête très fréquemment cela dit, la marche devient difficile, surtout quand la pente s’élève. Je suis gêné, je lui dis d’y aller mais c’est hors de question et de propos pour lui, la course passe après, la santé et la détresse d’autrui priment sur tout. Ce sont des petites choses comme cela pour lesquelles nous pratiquons ce type de course, pour se sentir vulnérable face à la force de la nature que nous côtoyons, mais dans le même temps protégé par des liens très profonds qui peuvent se lier dans cette famille de l’ultra-endurance. Une amitié s’est nouée avec Albert lors des 24h passées ensembles entre Zinal et la cabane de Mille, dernier ravitaillement avant Champex, et indéniablement je serai son 1er supporter lors de la Barckley en Mars.

 

 

 

Zinal - lundi 17h : 3ème base de vie et 1ère surprise, je suis annoncé 3ème après l’arrêt définitif d’un des leaders. Ce qui ne change absolument rien à ce que je m’étais fixé, à savoir une douche, un 1er vrai massage après le doigter trop léger d’une apprentie lors de la base de vie précédente à Eisten, Km 109, et un dodo de 30min (en tous les cas 30min montre en main pour le bénévole chargé de me réveiller, 20min réelles au mieux). Nous repartons 4-5-6 avec Albert qui m’avait repris à quelques encablures du dernier col de la Forcletta à 2900m, et Moisis à la stratégie « ennuyante » de se caler dans la roue pour épargner ses batteries. Michael sera reparti plus tôt, ayant fait dodo sur le lieu de notre rencontre, à savoir lors du ravitaillement précédent de Blüomatt, magique pour son ambiance germanique festive, sa raclette et ses petits œufs sur le plat. La nuit tombe à mesure que nous grimpons sur les hauteurs de Zinal, remontant les pistes herbeuses d’une station de ski laissée en pâtures aux nombreuses vaches le temps d’un été. Puis le brouillard s’en mêle, devenant de plus en plus opaque, et rendant difficile l’observation des balises dont la majorité est piétinée à même le sol suite aux impacts bovins. Albert mène grand train, Moisis tente de faire la jonction, je lâche peu à peu face à ce rythme un poil trop gourmand pour moi. Mais le sommet n’est pas loin, je ne suis pas inquiet des petits écarts crées et je prends même le temps de savourer la petite mer de nuage que nous avons désormais sous nos pieds une fois au col, la corne de Sorebois. Je reprends très rapidement Moisis dans la descente, puis un peu plus loin Albert, que je ne quitterai plus par la suite. Nous commençons à échanger, dans un français parfaitement maitrisé, sur qui nous sommes, d’où nous venons, ce qui nous pousse à faire cela. A force de nous connaitre, il me demandera la permission de prendre un peu d’avance dans les montées, sachant que je descends plus rapidement que lui. Nous reprenons Michael dans la descente conduisant au ravitaillement de la Sage (km 180), puis repartons tous les 2, Michael restant un peu dormir sous les yeux de son père. Je garde en mémoire le ravitaillement suivant, celui de Chemeuille, à mi-parcours du col de la Meina, ravito géré par 3 jeunes, l’un ronflant, les 2 autres un peu avinés de jagerbomb mais nous tirant des larmes de joie devant nos assiettes garnies de rosties chaudes, accompagnées d’un vrai expresso. Albert mange comme 2, cela me fait penser à notre rencontre avec mon pote Tom Galpin sur le GRP à la base de vie de Luz St Sauveur 3 ans plus tôt. Nous poursuivons notre route tant bien que mal jusque Grande Dixence, base de vie au pied du plus grand barrage d’Europe, du même nom. Nous sommes donc 3 et 4, Michael et Moisis ne sont pas loin et nous décidons d’une seconde sieste après Zinal, 1 heure cette fois. C’est le début des soucis pour moi, je n’arrive pas à dormir allongé, je respire fort, j’hyperventile et me sens oppressé. Je ne comprends pas, c’est perturbant, je mets cela sur le coup des sifflements que je commence à percevoir de ma gorge quand j’évolue sur les chemins. Je trouve malgré tout le sommeil, 20min peut être, puis l’on toque à ma porte, c’est l’heure de partir. Pendant que nous déjeunons et nous préparons dans la salle commune, Michael et Moisis repartent. Nous sommes mardi matin, le ciel est bleu, la mer de nuage est limpide sur la vallée, nous marchons sur les hauteurs du barrage, la montagne qui se présente à nous est différente, plus minérale, les herbes des cimes passés laissant place à des névés et des arrêtes tranchantes. Albert va beaucoup plus vite que moi cette fois, j’ai du mal à repartir et le d+ devient de plus en plus difficile à escalader. Malgré ma peine, je m’accroche et halète fort pour minimiser l’écart avec mon compagnon de route. Je me dis que je n’avance plus, que la course est encore longue, que je n’y arriverai pas, mais au détour d’un dernier « coup de cul » menant au col de Prafleuri, je retrouve Albert … et Michael. On aperçoit même Moisis, pas si loin que ça dans la redescente menant au petit ravitaillement de Grand Désert. Il doit être 10h du matin, nous sommes 4 avec le gérant des lieux, unique bénévole du plus improbable ravito de la course, inaccessible autrement qu’à pied, une tente, un auvent, de l’eau chaude, des bonbons, et une vue 4 étoiles. Michael restera encore un peu, il est dit que nous ne prendrons jamais nos pauses au même moment, ou alors il veut se fier à son seul rythme et son unique ressenti, ce qui est tout à fait louable. Passage au petit col de Louvie avec Albert et Moisis puis magnifique descente abrupte dans un 1er temps puis à flan, jusqu’au lac de Louvie, dont la couleur vert émeraude incite férocement à une baignade en ces heures qui commencent à être chaudes. Le panorama de la vue plongeante sur les eaux majestueuses du lac, vitrine d’un arrière-plan composé du splendide massif des Combins, comptant quelques cimes parmi les plus beaux des alpes, restera un des moments magiques de cette épopée. Cette traversée m’aura aussi rappelé de façon « para »normale le fait de l’avoir déjà vécu … mais quand ? Avec Laurie 3 ans plus tôt alors que nous ne randonnions pas si loin, mais, vérification faite, pas là malgré tout ? Un mystère qui reste entier, une sorte d’hallucination de vivre un moment que l’on croit fermement avoir vécu, sans en trouver la source ou la raison, hallucination comme j’en rencontrerai à 2 ou 3 autres reprises par la suite, et que vivront de leurs côtés également Thomas et Camille. Nous effectuons la longue redescente vers Planproz sous le cagnard, profitons de l’abreuvoir d’eau de source de ce ravitaillement pour se refroidir correctement, nous asseyons, mangeons un bout de raclette au TUC, puis repartons vers la cabane de Mille, au sommet du dernier gros chantier ascendant avant la base de vie de Champex. Albert, fatigué par une ascension qu’il aura assumée en tête est cuit pour le coup, il veut prendre le temps. Nous ne réussirons pas à la convaincre avec Moisis, celui repart à bloc, jusqu’à ce que la descente ne me permette de faire la jonction.

 

 

 

Col de Susanfe - mercredi 13h30 : m’y voici, je n’ai pas la force de taper dans la main d’Albert, je suis exténué, mais malgré tout lucide de la beauté de ce paysage devenu lunaire et balayé par les vents. Place à la fameuse longue redescente vers Champéry, nous nous arrêtons quelques minutes au ravitaillement de la cabane de Susanfe, puis repartons, lui devant à son rythme, moi au mien. Les mots l’ont emporté cette fois, je reste en difficulté mais le profil descendant atténue ma sensation d’étouffement. Je suis un peu plus rassuré, et la base de vie ne me semble plus un mirage. Je m’y arrêterai c’est certain, je dois faire examiner tout ça. Tout cela finit par convaincre Albert, on se prend dans les bras, et on se dit « à tout à l’heure », ce que l’on croit sincèrement possible.

Champéry - jeudi 1h : retour des urgences par un bénévole qui est venu me récupérer, et, hasard heureux, j’arrive exactement au moment où Camille et Tom repartent. L’idée de les rejoindre et de boucler ensemble notre belle prépa qui avait commencé début Août sur les traces de la PTL me trotte … furtivement … il fait nuit, j’ai froid, je n’y crois plus, et je ne veux pas être un boulet si je m’écroule physiquement au bout de 500m. Je retrouve donc la base de vie, m’autorise un dernier massage, un dernier repas, quelques heures de sommeil cette fois ci trouvé sous l’effet probable de la ventoline administré aux Urgences, puis je m’incruste au petit matin avec mon sac qui m’aura suivi depuis le début dans une camionnette ralliant l’arrivée.

 

Le Bouveret - jeudi : je n’ai pu accueillir Albert, magnifique 3ème après une dernière nuit harassante selon ses dires. En revanche je suis sous l’arche d’arrivée pour certains finishers arrivant au compte-goutte, dont Michael et Moisis, finalement et respectivement 6ème et 7ème. J’attends sagement Camille et Thomas, qui arrivent en marchant tranquillement main dans la main dans un magnifique coucher de soleil inattendu, après une journée bien grise et terne aux abords du Lac Léman. C’est à la fois de la joie de les voir heureux de franchir cette ligne, joie primitive, sincère, car je la comprends et la mesure, mais de l’amertume aussi, beaucoup je crois. De la conscience d’avoir été raisonnable, sûrement justifiée, mais de la déception de ne pas avoir fini, même en roue libre, de ne pas avoir eu l’étincelle mentale pour inscrire, ce n’est peut-être rien mais c’est cela qui reste, mon nom parmi ceux de la liste ci-dessous …

 

1. MATTIATO Andrea M1H IT 81:39:14

2. RUSSI Jonas SH CH 86:35:48

3. HERRERO Albert SH ES 92:29:18

4. BOLIS Matteo M1H IT 94:08:18

5. MATHIEU Jean-Claude M2H FR 94:35:32

6. NANÇOZ Michael SH CH 96:27:15

7. FOLTOPOULOS Moisis SH GR 99:12:00

8. GUERAUD Laurent M2H FR 99:50:00

9. LEHMANN Anita SF CH 102:15

9. BOCHET Thierry M2H FR 102:15

11. GALPIN Thomas SH FR 105:39:48

11. MINARD Camille SH FR 105:39:48

….

 

Toulouse - Janvier 2020 : à quelques jours d’un départ outre-atlantique à visée professionnelle, la nouvelle tombe dans ma boîte mail. Je suis invité par l’organisateur du Tor des géants à venir participer à la 11ème edition de cette course mythique, 330kms et 27000m d+ dans le Val D’Aoste, course dont la Swiss Peak s’est forcément inspirée. Ce n’était pas dans les plans cette année, mais, clin d’oeil du destin, Camille et Thomas y seront aussi. Quelque chose me dit qu’il va donc falloir cravacher et tester les terrains de l’ouest américain pour …

 

Courmayeur - Septembre 2020 : dnf(mais je compte bien le finir) … je l’espère et ce sera mon leitmotiv cette revanche sur moi-même, au bout d’une nouvelle épopée qui me fera traverser 20 ans après sa mort les terres d’enfance de ma grand-mère. A chacun sa quête, la mienne sera c’est certain tout autant sportive que spirituelle et personnelle.

 

Oberwald - dimanche 1er Septembre, 10h : le depart est donné de cette 2nde edition de la Swiss Peak 360. Notre sac “coureur” qui nous suivra à chaque base de vie a été deposé au préalable, sans les affaires chaudes et techniques, rendues obligatoires à porter sur soi en ce 1er jour face aux orages et au froid annoncés en altitude. La nuit fut comme à l’accoutumée delicate dans le grand dortoir qu’il a fallu réserver pour l’occasion, mais nous sommes sereins et prêts avec Camille et Thomas, rassurés par notre été dans les Alpes, même si je trouve que 3 semaines de “break” entre la PTL en off et la course sont un peu de trop. Nous lâchons Camille tout de suite avec Tom, sa prudence au depart était annoncée, puis 10min plus loin, après une 1ère petite descente, je me retrouve seul devant, en adoptant un rythme qui sur le moment me convient. Aucune idée du classement, c’est tellement tôt, mais une bonne dizaine de coureurs doivent être devant, certains étant partis j’ose l’espérer à ce moment là en mode tête brûlée. Et c’est effectivement ce qui se passe, plusieus coureurs ayant déjà besoin de faire une longue pause au 2nd ravitaillement de Reckingen, km27.

Arrivée à la 1ère base de vie de Fiesch au km51 vers 16h30 peut être, sous les encouragements de quelques français jurasso-toulousains. Albert, que je ne connais pas encore, est attablé, mais je reste debout, j’avale 2-3 choses, je nettoie mes pieds et je repars. Suivront tant de choses encore … la montée avec Andrea, le futur vainqueur, qui me lâche avec son compère une fois le sommet passé, les 1ères difficultés physiques et mentales peu de temps après, dont un sacré coup de bambou qui me fera oublier mes bâtons au ravito soupe / tartiflette de Fleschboden, km70, m’en rendre compte 100m plus bas et devoir hurler en pleine nuit noire dans la montagne à mesure que je remonte pour qu’un des bénévoles ne m’évite le dernier coup de cul en venant à ma rencontre; cette même période “down”, dans le mal, qui me verra perdre de vue le balisage dans la montée suivante, harassante, vers le ravito de Lengritz. Ce n’est pas long sur 4 jours, mais les 10 min de perdues à faire un demi tour quand enfin tu te persuades que tu t’es trompé ne sont pas optimales pour le moral. Néanmoins le ravito est top, je m’arrête, prend un peu de temps, puis repars, bien mieux. J’arriverai alors qu’il fait encore nuit noire à Epstein, …. Mais ce nom de ville est déjà apparu un peu plus haut, le massage moyen, cette longue transition nuit-jour bien seul, jusqu’à dépasser en fin de matinée du lundi un certain Moisis, et me faire reprendre au sommet de la Forcletta par un dénommé Albert …

 

Los Angeles - Février 2020 : le voilà le clap de fin, sous forme de récit décousu, à l’image des souvenirs qui me viennent en tête de façon anachronique et anarchique, et qui alimentent au compte-gouttes ce CR depuis 2-3 mois. La pneumopathie m’aura incité à écouter mon corps et sa reconstruction progressive durant l’automne, à se recentrer sur l’essentiel au final, le plaisir de courir, s’échapper, itinérer, au détriment de la performance pure, car il a fallu plusieurs semaines pour me remettre. L’ELS2900, cette course magique pyrénéenne finalement effectuée et terminée au bout de la souffrance grâce à mes 2 compères Camille et Thomas 1 mois après la Swiss Peak, fut à ce titre l’évaluation in situ du bien-fondé des mots du pneumologue vu à mon retour en France.

 

Clin d’oeil d’une saison qui m’aura vu faire des résultats sympas, au Black Moutain Trail, à la Saute Mouflons, aux Collines du Diable, à la Verticausse, au Patou Trail et à la Ronda del Cims … je remporte le run d’or de l’ultra traileur, 1ère edition d’un trophée récompensant plus les votes des miens que mon présupposé “top niveau occitan”. C’est l’occasion néanmoins pour moi de vous remercier, enfin, d’avoir cru en moi, de m’avoir encouragé, vous dire mon émotion face à vos témoignages, vos attentions, vos mots doux et bienveillants, vos coups de pieds au cul aussi.

J’ai bouclé un beau chapitre de ma vie, un chapitre haut en couleurs, une experience unique de pouvoir réaliser et tester en live ce pourquoi l’on fait cela, à savoir toucher ses limites. C’est chose faite, et sans vous, mon entourage le plus proche, mon kern, les miens, je ne les aurai certainement pas repoussé aussi loin. Alors merci, ma quête de soi, c’est sans nul doute la votre.

 

 

Faut pas comprendre qu'on les aimait, une fois qu'ils sont tis-par

 

 

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