Nordic Islands Adventure Race (ARWS), un trail de vikings

Team TUC Tri Absolu Raid (Juliette, Thomas, Camille, François)

 

Raid aventure au départ de la station de ski de Are en Suède et une arrivée à Alesund en Norvège. Une belle traversée au programme et un parcours un peu plus “montagne” que celui proposé l’année dernière. Ca promet d’être sauvage et les retours des raideurs qui ont participé à la première en 2018 sont très bons. Il ne nous en faut pas plus pour nous convaincre. Nouvelle équipe avec l’arrivée de Camille Minard (Kam), un montagnard/traileur expérimenté et souvent compagnon de folles aventures de Tom. On programme des weekends d’entraînement ensemble pour apprendre à mieux se connaître dans l’effort. La préparation s’est achevée sur les 100 miles VTT Lozère épreuve que l’on a faite tous ensemble et qui s’est super bien passée. 160km pour se mettre en confiance car on s’attendait à une looongue section VTT. On ne s’était pas trompés, 227km au programme !

 

Un des avantages du NIAR par rapport à d’autres manches du circuit ARWS est que l’enchaînement des sections est connu plus d’une semaine avant l’épreuve. Ca laisse le temps de préparer un peu plus finement le matériel et la répartition des affaires et de la bouffe que l’on retrouvera dans les différents sacs aux transitions.

 

Mercredi 10/07

Le réveil sonne à 3h. Nous nous sommes donnés rdv à 4h à l’aéroport car l’enregistrement des caisses vélos et de tout le bordel que l’on transporte avec nous peut prendre un peu de temps. Premier imprévu, pas de nouvelle de Kam, lui qui se réveille toujours à l’heure d’habitude, impossible de le joindre. Il se réveillera finalement spontanément avec 1h30 de retard sur le programme et rejoindra l’aéroport en temps et en heure après une bonne suée :). 

Transfert à Amsterdam sans encombre et on s’envole pour Trondheim en Norvège où on a rendez vous avec Agde (autre équipe française) et les organisateurs qui nous assurent le transfert à Are. Lorsque l’on arrive aux tapis pour récupérer les valises, le chien de la douane saute sur Kam et sur nos affaires. Il aura donc droit à plus de 2h d’isolement/questions et autres traitements que nous tairons ici ;) ! Il finira par être “libéré” mais ça lui aura valu une deuxième bonne suée et le surnom de Pablo (Escobar) de la part de l’équipe d’Agde. :)

On retrouve José (bénévole incontournable de très nombreux ARWS dans le monde) et Eric (membre du staff orga du NIAR) et on prend la route pour la Suède. Les paysages sont sauvages, ça donne envie de démarrer l’aventure. J-2.

 

Jeudi 11/07

Préparation des affaires tranquillement. On fait les dernières courses.

 

Vendredi 12/07

On peaufine les préparatifs, on fait le contrôle matériel, l’interview d’avant course, on essaye nos vélos dans la ville et on se fait un petit sauna/hammam et bains froids à l’hôtel tout confort. C’est du luxe cette avant course, on mange comme des rois, les chambres sont belles avec vue sur le lac. Il faut savoir profiter du confort car on sait que ça ne durera pas !

 

 

Samedi 13/07

C’est le grand jour, tout s’accélère. Remise des cartes à 13h30 pour 2h de tracé. On réalise assez vite que le VTT sera du roulant (sur piste ou route le plus souvent). Logique quand on sait que l’épreuve compte 400km de VTT et 675km en tout.

 

 

 

On a le temps de tout tracer avant le briefing capitaine et le départ tous ensemble en télécabines pour la ligne de départ au sommet de la station !

Pour nous l’objectif est clair, on sait que l’épreuve est l’une des plus longues du circuit, qu’il faudra être sage, qu’il faudra prendre soin de nous et qu’aller au bout est déjà gage d’une belle réussite. 

 

Section 1 : Trek/rappel - 8k 

Le départ est donné à 18h, on joue quand même le jeu de la première descente jusqu’à un rappel. Ju est déchaînée.

 

 

 

La descente en rappel à 4 successivement sur la même corde permet de temporiser un peu. Kam fait une tyrolienne et on se sépare pour se retrouver au poste suivant dans un ruisseau. La suite se passe bien avec des postes en ville et des activités de corde pour faire le spectacle dans l'hôtel.

 

 

 

 

Section 2 : VTT - 41k 500D+ 

Section très roulante sur route qui va nous permettre d’apprivoiser un peu les cartes Suédoises et de rentrer dans l’échelle (1:50000e). Quelques petites hésitations mineures et nous arrivons déjà à la transition après moins de 2h30 d’efforts à la grande surprise de Kam. Agde est sur le point de partir sur le trek lorsqu’on arrive.

 

Section 3 : Trek - 64k 2000D+ 

...ou le début des choses sérieuses. D’après les cartes cela va être très marécageux et humide. On part avec plusieurs paires de chaussettes et notamment une paire de chaussettes étanches spécialement achetées pour l’épreuve (Verjari). On croise un orga qui filme et qui nous demande si ça va si on n’est pas trop trempés. On se dit alors que nos chaussettes étanches font vraiment l’affaire car on a l’impression d’être au sec, bonne nouvelle !

Nous allons passer notre première nuit dehors, nous n’avons pas prévu de sommeil cette première nuit. La luminosité baisse et nous assurons les trajectoires. Il y a une belle portion de hors sentier et nous avons pour règle de ne traverser la frontière (Suède / Norvège) qu’une seule fois. La progression est bonne, régulière. Par contre nous commençons à nous inquiéter du manque de bouffe. Comme on a toujours trop, on a essayé de faire attention mais cette fois on se retrouve à devoir gérer les 6 dernières heures de trek sans rien à manger :(. Kam donne ses barres à Tom (car il a fait des réserves avant la course et a l’habitude de moins manger que nous). Nous passons la frontière et continuons de progresser en Norvège. Il y a une incohérence entre le road book et les consignes sur les cartes. On ne sait pas si on doit rester sur les chemins dès le passage en Norvège ou seulement après le premier CP norvégien (Check Point = balises à pointer sur le terrain). Rester sur les chemins rallonge, et on a faim, mais nous prenons malgré tout cette décision pour être tranquilles vis à vis du règlement. On commence à sucer nos pastilles isotoniques (Ju essaye de nous cacher qu’elles ne contiennent pas de sucre mais nous ne sommes pas dupes !). On avance toujours bien malgré tout. Après un CP en bord de lac sur lequel on perd un peu de temps en attaquant un peu tôt, on entame la longue descente finale. On se questionne sur la position des autres équipes, on ne voit personne depuis le début de ce Trek. Au loin, on aperçoit des silhouettes, ce sont 3 randonneurs qui marchent dans notre direction. Alleluia ! Nous les dépouillons (avec courtoisie bien sûr). Les barres chocolatées et autres graines qu’ils nous proposent sont délicieuses et vont nous permettre de terminer la section dans de meilleures conditions quand même ! Encore 2h de marche jusqu’à la transition. Cette fin de section est plutôt monotone et nous nous accrochons pour terminer sans trop baisser l’allure.

On retrouve Agde à la transition, malheureusement ils nous annoncent qu’ils ne repartiront pas car l’un d’entre eux souffre trop des genoux. Sympa, ils nous encouragent et nous donnent les écarts. Swedish Armed Force est déjà bien loin, en revanche la jeune équipe suédoise Hamilton est à moins de 2 heures (et a pu repartir grâce à un prêt de vélo de la part de Philippe d’Agde qui abandonne) et l’équipe Canadienne à moins d’1h environ.

On avait décidé de ne pas prendre de sommeil à cette transition pour essayer d’en mettre un coup au gros VTT de 227 km avant la nuit et notre premier dodo. En revanche on prend le temps de se faire des lyophilisés chauds et de bien se ravitailler car on a un peu tiré sur la corde même si ça a tenu. Une chose est sûre, on ne refera plus l’erreur de partir trop légers en bouffe.

 

Section 4 : VTT - 227k 5000D+ 

Le départ est rapide sur une large piste au profil descendant. La première difficulté nous mène à 1000m d’altitude environ dans une zone marécageuse où l’on pousse ou porte les vélos. Ju souffre très fortement d’un mollet (contracture, déchirure ?) mais il est difficile de l’aider sur cette portion et elle doit serrer les dents, ce qu’elle sait faire à la perfection. Nous essayons d’en blaguer car Tom avant la course avait renseigné des niveaux pour notre équipe en ce qui concerne diverses qualités. Il avait notamment estimé à 2 étoiles sur 5 notre capacité de résistance à la douleur. Il est prêt à revoir notre cote à ce sujet. Une fois au sommet, ça roule plus ou moins bien et la descente prend du temps. Il pleut, il fait froid, nous sommes trempés mais on s’accroche car on sait que l’heure du premier dodo est proche et on souhaite trouver un endroit confortable. On arrive enfin à un village un peu plus important, Haltdalen, où l’on trouve une salle d’attente de la gare chauffée avec toilettes et eau chaude. L’endroit est idéal et nous décidons de dormir 2h après avoir mangé des bons plats salés !

Le réveil se passe bien (mis à part une légère nausée pour moi qui éviterai les plats de riz dorénavant, pas assez cuits et donc difficiles à digérer) et nous enchaînons à un bon rythme la partie roulante suivante. Au petit matin nous sommes dans la deuxième difficulté avec un nouveau passage à 1000m. Il pleut, il fait froid et la descente est plutôt rapide sur la fin. Juste avant le CP17, nous passons devant un tipi dans lequel l’équipe canadienne de Storm Racing a trouvé refuge. Kam souffre de plus en plus d’une onglée  (il serre les dents) mais nous poussons jusqu’au prochain village en espérant trouver un endroit au chaud. Nous arrivons à Budal, il est 8h35 et le supermarché “Coop Marked Budal” n’ouvre qu’à 9h ! On fait le tour et par chance un employé nous aperçoit et nous ouvre ses portes sans hésiter. Kam se jette sur l’eau chaude des toilettes, on peut faire sécher nos affaires, se changer.

 

 

On se voit offrir 3 cafés ou chocolats chauds chacun. On se fait cuire une pizza au four, ainsi qu’une quiche lorraine au micro-onde. Ca requinque bien ! On achète aussi des gants de vaisselle mapa pour Tom et Kam pour qu’ils puissent finir la sortie étanches.  En partant, le gérant nous offre des paires de chaussettes mérinos. Bref, une très belle rencontre. Pendant notre gueuleton à l’abri, nous avons vu passer l’équipe canadienne. Nous repartons avec 1h de retard sur eux environ. Nous sommes étonnés de les reprendre très vite mais on verra plus tard sur le relive qu’ils se sont trompés à ce moment là. La suite est roulante, le prochain objectif est la ville de Berkak où nous espérons trouver une pharmacie pour acheter du décontractant musculaire pour essayer de soulager Ju. On croise l’équipe de com de la course à Berkak qui nous suit dans notre quête désespérée. Ju se fait une raison et nous poursuivons notre route d’abord descendante avant de remonter sous la pluie à nouveau à 800m environ en direction des lacs de Granasjoen, Skarvatnet et Gjevillvatnet. Ce dernier lac marque la fin de la section de 227km que nous aurons bouclée en 26h environ pauses comprises (la plus longue section du raid). 

 

 

 

 

Tom a cassé un rayon à 5 km de la fin de la section, il finira donc le raid avec une roue voilée mais ça tiendra sans problème !

Nous retrouvons Agde à la transition qui nous encouragent gentiment. Ils viennent d’avoir l’autorisation de repartir à 3 et doivent attendre notre départ pour nous emboîter le pas. Il continue de pleuvoir des cordes, nous avons froid et cette aire de transition n’est pas idéale. Bonne ou mauvaise nouvelle, nous apprenons que le packraft de la prochaine section est annulé car les conditions météos n’étaient pas bonnes pour les premiers. Bonne nouvelle car partir en packraft dans le froid et sous la pluie ne nous enchante pas plus que ça. Mauvaise nouvelle quand même car les 10km de pagaie auraient permis de soulager nos pieds et le mollet de Ju et d’avancer à 6-7 km/h plus facilement qu’à pied sur les bords du lac. Nous prenons le temps de nous changer, de nous mettre au sec et de nous préparer un lyophilisé chaud que nous mangeons sur place. Transition assez laborieuse mais nous en avions besoin, on essayera de faire mieux sur les prochaines.

 

Section 5 : Trek - 51k 1300D+ 

Nous avons pour premier objectif un refuge au bout du lac. La progression n’est pas si facile que ça et il nous faut bien 3h pour effectuer les 10 kilomètres nous séparant du refuge. Nous y arrivons trempés, je commence à avoir un peu faim et froid et nous estimons que le refuge est donc l’endroit idéal pour manger et passer un bout de nuit. C’est un très bon choix, les lits sont moelleux et les couvertures bien douillettes (Kam s’en souvient encore). Tellement on est bien, on oublie le réveil et on dort plus que les 3h prévues (3h30). C’est pas grave, nous nous rassurons en nous disant qu’on sera d’autant plus efficaces sur la journée à venir. Nous repartons donc vers 3h du matin à un très bon rythme en direction de Storlia. Ensuite nous contournons un lac pour passer un joli col encore enneigé à plus de 1000m avant de basculer sur le CP20. Nous avons 600 m à descendre et la progression est relativement lente dans les marécages. Ju souffre de plus en plus du mollet, nous devons improviser une petite pause pour la soulager un peu. Kam et Tom portant déjà assez lourd, je décide de la soulager à mon tour en lui prenant son sac à dos. Il reste alors une nouvelle ascension à 1000m avant de redescendre au départ du Rafting à 180m d’altitude. Cette portion est ponctuée de lacs et de falaises abruptes impressionnantes et magnifiques. Notre rythme est toujours bon et l’équipe de com que nous croisons à ce moment là nous en félicite. C’est bon pour le moral tout ça. Tom se permet même une petite démonstration de l’étanchéité de nos chaussettes devant les caméras : “et là hop je mets mon pied dans l’eau et je reste au sec !”. Dernière petite pause avant la longue descente et la section que nous attendions avec impatience : le Rafting.

Section 6 : Rafting - 18k

Nous arrivons au rafting en milieu d’après midi. Il fait grand soleil, c’est le moment idéal pour cette section. C’est avec Andreas notre guide/barreur que nous allons effectuer cette section. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2h de fun, de plaisir, de sensations fortes, d’échanges avec Andreas sur l’énorme potentiel du secteur et les possibilités infinies de grimpe, de cascade de glace, de couloir en ski…

La rivière est magnifique, l’eau est limpide, il y a du volume et des rapides de classe IV. Un de nos  meilleurs souvenirs à coup sûr.

 

 

 

 

Malgré les bonnes conditions, nous sortons en ayant un peu froid et nos affaires de change tombent à point nommé. Nous préparons encore une fois des lyophilisés chauds à cette transition et profitons du confort de l’endroit pour prendre soin de nous.

 

Section 7 : MTB - 70k 1500D+

On nous annonce que les deux premières équipes ont mis 5h pour la section. On est tous bien en forme et ça nous motive d’essayer de faire le meilleur temps sur la section. C’est très roulant mais aussi très joli. Nous avons d’abord une longue ascension jusqu’à un magnifique plateau sauvage à 900m d’altitude où nous bordons plusieurs lacs successivement. On discute, on rêve… “Et si on achetait une petite maison ici, c’est le paradis !”. Ensuite c’est les montagnes russes jusqu’au CP23 qui est en bord de falaise à 500m de la piste. La luminosité baisse petit à petit, la lumière est belle et nous croisons à nouveau la route de l’équipe de com au meilleur moment.

 

 

 

 

 

 

Les images capturées doivent être sublimes, espérons y avoir accès d’une manière ou d’une autre. Nous sommes dans les temps pour faire 4h50 mais je me précipite sur la fin de section et fais une petite erreur en emmenant tout le monde sur un joli single en forêt qui nous mène à 100m du poste mais du mauvais côté de la rivière :(. Ju corrige très vite le tir et nous terminons la section en environ 5h et 5 minutes. Une bonne chose de faite !

On décide de dormir deux heures sur l’herbe bien verte et accueillante de l’aire de transition.

 

Section 8 : Trek - 25k 2000D+

(Rédigé par Tom)

Le fameux trek montagne, gros ratio distance dénivelé. Cela ne nous fait pas peur, c’est ça qu’on aime, la montagne ;)

La première sente n’est pas évidente à trouver, mais après quelques “bartassages” (pour les non initiés, une définition du bartassage pourrait être : progression lente dans une végétation hostile et dense, en dehors de tout sentier), on arrive à trouver ce sentier. Et la c’est 800m de D+ dré dans l'pentu (expression savoyarde qui signifie que la pente est raide). On fait une pause (petite car on se fait attaquer par les moustiques) en haut de la première grosse montée. On n’est même pas à 1500m d'altitude mais les paysages sont dignes de la haute montagne, on en prend plein les yeux, on en profite même si la fatigue est clairement présente.

On progresse de façon plus difficile, on tente une option de traversée de rivière au niveau d’un barrage pour limiter le dénivelé, mauvais choix ça ne passe pas on doit faire demi-tour. Les pauses sont plus fréquentes. On le sait c’est difficile, mais il faut continuer d’avancer et rester concentrés. On en parle, on met les mots dessus et on repart tous sur la même longueur d’onde, pour la dernière grosse montée de ce trek montagne. C’est un col où se trouve une petite cabane, l’itinéraire n’est pas évident, on progresse sur des éboulis et la pente est raide. C’est d’autant plus difficile que Ju souffre d’hématomes sous-unguéal aux gros orteils (houla ça devient technique, ça veut dire qu’elle a du sang sous pression sous les ongles, c’est très douloureux et la seule manière de soulager ça est de percer les ongles avec un trombone chauffé à blanc). Quant à François il a deux tendinites au genou et au releveur du pied. On arrive à cette petite cabanette toute mignonette, une bonne chose de faite ;). Pause bien méritée, Kam sort les kinder bueno pour fêter ça et nous devons gérer un moment crucial du raid. Si on n’arrive pas à percer les ongles de Ju elle ne pourra pas aller plus loin. Le briquet ne suffit pas à chauffer l’épingle à nourrice. Kam se casse les dents, François essaye à son tour sans succès. Heureusement la cabane est équipée d’un réchaud à gaz puissant et Kam est persévérant. Il arrive à percer les ongles à plusieurs reprises et à soulager Ju. Pendant ce temps François découpe le pare pierre des chaussures de Ju à l’aide d’un canif emprunté à des randonneurs pour éviter que les gros orteils ne viennent taper dessus. Il reste une belle partie de montagne, il est temps de s’y remettre. Reboostés par cette pause et par le fait d’avoir réussi à “soigner” les pauvres ongles de Ju on redémarre à un bon rythme. Pas de sentiers bien sûr pour la suite de ce trek, on progresse parmi les lacs, les pierriers et les névés, mais le décor est fabuleux. On aperçoit au loin des rennes, belle récompense. François, qui lutte toujours avec ses tendinites, se met à rêver d’un long névé qui permettrait de rejoindre directement l’arrivée du trek en glissade :). (François : Heureusement Tom et Kam sont toujours aussi solides et je peux donner quasiment tout mon matos à Tom, ça soulage bien !) On décide de dormir 15 minutes avant la dernière descente qui s’annonce périlleuse. C’est d’ailleurs la seule portion du raid qui est balisée. Ces 15 minutes de dodo nous auront fait du bien et finalement la descente se passe bien. On arrive à l’aire de transition un peu fatigués quand même. L’équipe de la com est là et fait l’erreur d'interviewer Ju (“It was a nightmare. There was nothing to enjoy at the end of the leg”) en effet on n’avait pas trop envie de répondre à des questions à ce moment là, on préférait plutôt se concentrer sur la transition.

On prend le temps de se ravitailler tranquillement et on se change pour la section de packraft, enfin, on va pouvoir reposer nos jambes ;)

 

Section 9 : Packraft - 21k

(Rédigé par Tom)

 

 

 

Superbe section, ludique, rythmée par trois rapides de classe 2/3. Les packrafts sont résilients à notre pilotage quelquefois incertain et aiment se prendre des cailloux, mais ça on le savait depuis la Réunion. Encore une fois le cadre est magnifique, on pagaie sur le Rauma (fleuve qui se jette dans le Romsdalsfjord) entre hauts sommets et parois verticales.

On arrive à l’aire de transition assez rapidement, on décide de dormir 2h.

 

Section 10 : MTB/via ferrata- 53k 1200D+

(Rédigé par Tom)

Le réveil est dur, on n’a pas très bien dormi, il y a eu du bruit et pas mal de moustiques. Qu’importe, après quelques minutes dans le cirage, on se remet en mode “machine” : rangement des affaires, ravitaillement à la va-vite, fermeture des caisses vélo, et bim c’est reparti pour une portion de bicyclette ;) On attaque très vite une belle montée, en fait il s’agit de la Trollstigen, une très belle route de montagne qui serpente autour d’une cascade. Il s’agit d’un des 2 lieux le plus visité de Norvège, autant vous dire que ça doit être bondé de voitures... Oui mais pas à quatre heure du mat’ ;) On a donc la chance de faire cette portion seuls au monde, ce qui n’a pas été le cas de toutes les équipes. Le cadre est spectaculaire, les couleurs du matin sont magnifiques, on avance bien. On arrive au sommet sans encombre, ravitaillement cake aux fruits et c’est parti pour une longue descente qui nous mènera jusqu'à la via ferrata. Autant la montée nous permettait de rester éveillés mais alors cette descente aura été pour tous les quatre une lutte contre le sommeil. La via ferrata est ludique et rapide, on enchaîne rapidement avec la fin de section VTT sans trop d’intérêt.

On arrive à Valldal, l’aire de transition, ouf on ne s’est pas endormi, il était temps. C’est un petit village tout mignon qui borde le fjord Norddalsfjorden. Il règne une atmosphère calme, paisible, c’est le genre de petit village où tu as envie de t’arrêter prendre un café tranquillou, au bord du port. Enfin bon, passons, on a encore des bornes à avaler ;) !

Du coup on arrive à la transition, on trouve un bénévole, des caisses vélo, mais pas les nôtres ! Enfin bon tout va bien elles ne vont pas tarder à arriver, et le temps “perdu” nous sera redonné en fin de course. Il est 8h du mat’, c’est l’heure du pti-dèj’, ça tombe bien il y a une station service ouverte. Première tournée de cafés, chocolats chauds, viennoiseries douteuses à la cannelle ou au raisin. Cette pause fait du bien ! On prend le temps d'étudier les cartes des dernières sections. Deuxième tournée de cafés, chocolats chauds, viennoiseries douteuses (cette fois la recette a changé, il y a du fromage à l’intérieur, mais ça passe trop bien). Troisième tournée de viennoiseries douteuses, chocolat banane cette fois. Tellement gras et sucré qu’on n’aura même pas senti la banane ;)

Assez mangé, on décide de tirer profit de cette pause “gratuite”, on prépare nos affaires et avec Ju on se dirige vers les toilettes chauffées d’une station essence pour essayer de dormir un peu (non non, croyez moi, il n’y a rien de sexy ;)). Même pas le temps de fermer l’oeil, on nous annonce que nos caisses vélo sont arrivées, il est temps de repartir.

Transition plutôt efficace, place au packraft !

 

Section 11 : Packraft - 17k 

(Rédigé par Tom)

 

 

On est tous requinqués par cette pause, il fait beau, grand soleil, la mer est d’huile, on va pagayer dans le fjord Norddalsfjorden avec des paysages somptueux autour de nous, que demande le peuple ??? 

 

 

 

Une capture d’écran (avec notre trace en rouge) permet de se rendre compte de l'immensité dans laquelle on progresse (de Valdal à Stranda) !

La mer est d’huile, on décide de sortir la laisse pour attacher nos deux packrafts (pour les non initiés, la laisse est un brin de corde qui permet d'attacher les deux packrafts). Ca marche bien, c’est cool, le packraft de derrière profite vraiment bien de l’aspiration créée par celui de devant. Du coup on décide de tenter une sieste : 3 qui pagaient et un qui dort. Je commence en premier à dormir, je m‘allonge littéralement dans le packraft, sur les jambes de François. Il me réveille au bout de 20 minutes, j’ai l’impression d’avoir dormi 12h ! On se relaie pour la sieste, tout le monde aura pu dormir quelques minutes, ça rythme la section qui du coup va passer super vite. On arrive à la transition à Stranda.

 

Section 12 : Trek - 31k 1600D+ 

(Rédigé par Tom)

Pour cette section, l’orga nous impose de porter les pagaies sur le trek, l’agencement des sacs et la répartition du poids va donc être primordiale. On a décidé de ne pas trop traîner sur cette transition, on essaie donc d’être efficaces. François a déjà dégonflé, rangé les bateaux et préparé son sac, alors que moi j’ai un Babybel à la bouche et j’ai toujours pas décidé quelle paire de chaussures j’allais prendre pour le trek ;) J’exagère (à peine) mais c’est pour illustrer l’importance d’avoir une organisation rodée sur les transitions, il faut faire les choses les unes après les autres, ne pas s’éparpiller, sinon on peut vite “perdre” du temps. On fait donc une transition efficace et on prend un plat à la main, que l’on mangera en début de trek.

On est sereins, tous sur la même longueur d’onde, on sait ce qu’on a à faire, rester concentrés sur l’orientation et ça devrait le faire. On pense déjà à la dernière section de kayak qui s’annonce dantesque.

Le profil est simple : une montée, une descente, une autre montée, une autre descente. Première montée, plein cagnard, pentes raides, digestion, mais on avance bien, on est en mode “plus rien peut nous atteindre” ;)

Du coup la première montée + descente se passe très bien, les sentiers sont agréables et la descente est roulante, ça fait bizarre et c’est appréciable. On commence la deuxième longue montée et on est tous d’accord pour faire une sieste de 15 minutes, on se pose alors sur le bord du sentier et c’est parti pour un dodo. L’état de fatigue dans lequel on est à ce moment là de l’aventure nous permet de pouvoir dormir quasi instantanément, c’est une sensation très agréable. On se réveille 15 minutes plus tard requinqués et prêts à finir cette dernière montée. Les sentiers sont agréables, les paysages chouettes, on se rapproche de plus en plus de la montagne ;)

En plein milieu de la montée, Kam me sort une phrase que je trouve mémorable : “c’est fatigant le raid quand même”. Oui c’est normal Kam’, ça fait quand même plusieurs dizaines d'heures qu’on est dans le bordel ^^ A méditer cette parole de sage ;)

Après quasi 10km et 1000mD+ on arrive presque au sommet du trek, il y a un refuge de montagne, on décide d’y faire une pause bien méritée avant d’attaquer la dernière descente. Il fait chaud à l’intérieur le refuge est tout mignon, impeccable, les gens attendent tranquillement le repas du soir. Trois cafés + 1 chocolat chaud s’il vous plaît. Le gardien de refuge comprend directement que nous ne sommes pas des clients “classiques”, il sait que nous faisons partis du NIAR. Il a l’air intéressé, nous pose des questions de manière enthousiaste. Il nous amène les boissons, avec des extras en plus (petits gâteaux, chocolats, graines), ça fait chaud au coeur, encore un accueil au top.

Après 30 minutes de pause, on repart avec les belles couleurs du soir. On est en pleine montagne, le cadre est somptueux, il fait bon, ça donne envie de rester passer la nuit ici mais encore une fois, il reste des bornes à avaler. La descente se passe bien, le manque de sommeil commence fortement à se faire sentir mais on décide de ne pas dormir jusqu’à la prochaine aire de transition. On arrive enfin à Urke, petit port de pêcheurs (en vrai je ne sais pas mais j’imagine) en bord de Fjord. On va voir si quelqu’un nous attend, que dalle, il y a bien un bénévole, mais qui dort profondément dans sa voiture, on ne va pas le réveiller quand même. Il y a des kayaks posés au bord du fjord, on imagine que ce sont les nôtres. Ce sont de vrais kayaks avec jupes et un gouvernail… Heu j’ai jamais fait ça moi, je ne sais pas comment faire ??? Heureusement que François et Ju maîtrisent le sujet ;). On est sereins sur l’avance que l’on a sur les quatrièmes mais on décide quand même de ne pas beaucoup dormir et d’enchaîner après. Ce sera 1h de dodo sous un abri de fortune (une sorte de parasol) car il commence à pleuvoir un peu.


 

Section 13 : Kayak - 41k

(François)

Un des moments clés de l’épreuve. Après 1h de sommeil sous une tente, alors qu’il continue de pleuvoir, nous nous réveillons difficilement. Nous étions d’accord pour essayer d’expérimenter un temps de sommeil réduit pour la dernière nuit. Mais le kayak n’est pas notre épreuve de prédilection, d’autant plus que ce sont des vrais kayaks de mer dans lesquels il nous sera difficile de nous relayer et de dormir. Kam exprime immédiatement son désaccord pour partir sur la section. Tom ne se prononce pas et semble encore bien endormi. Ju et moi sommes prêts à en découdre et nous avons du mal à comprendre les raisons qui nous feraient repousser le départ. Kam est grincheux mais commence à se préparer malgré tout. On s’avouera après la course que cette section nous faisait peur (à juste titre car certaines équipes ont eu des conditions de mer difficiles) et c’est bien la peur qui a provoqué la situation de désaccord. Nous aurions plus qu’apprécié la présence d’un bénévole à cette transition, nous briefant sur le matériel et la conduite à tenir en pleine mer. Finalement nous mettons les embarcations à l’eau dans la nuit qui nous semble plus noire que jamais. Pas de lumière à l’horizon, on commence à croire à la 3ème place.

Les sensations sont plutôt bonnes finalement, les bateaux glissent bien, la lumière est belle, nous mettons le cap sur Alesund. Une nouvelle capture d’écran pour se rendre compte de l’immensité dans laquelle on évolue, on est tout petit au milieu de ce fjord.

 

 

 

Assez vite Tom commence à tomber de fatigue, la fréquence baisse, j’ai du mal moi aussi à rester éveillé. Kam et Ju sont motivés et leur rythme est meilleur que le nôtre, nous accrochons la laisse pour qu’ils tractent. Cela nous rebooste un peu, un temps… Puis ça redevient difficile de rester éveillé et nous sommes face à un nouveau désaccord légitime. Nous devons nous arrêter dormir mais Kam et Ju ont peur d’avoir froid. Je finis par trouver le bon compromis, nous visons une berge pour nous échouer et essayer de fermer les yeux sans sortir des bateaux. Kam en profite pour se changer et se mettre au sec avec la gore-tex de Ju. Quelques minutes s’écoulent qui nous font le plus grand bien. Nous repartons avec un nouvel entrain en direction du CP36 qui nécessite un exercice d’équilibriste que Kam fait à merveille pour pointer le poste en hauteur sans sortir des bateaux.

La suite se complique à nouveau, Tom souffre de plus en plus d’une épaule accidentée déjà avant la course. Je lui propose qu’il arrête de pagayer en espérant qu’il ne prenne pas froid. Cela nous semble interminable, Kam et Ju nous tractent à nouveau mais la corde perturbe leur gouvernail et nous faisons le yo-yo de droite à gauche. On s’accroche tous à notre manière et nous apercevons enfin le quai qui marque la fin de cette section record pour nous en mer.

 

Section 14 : 1.5k

La délivrance, nous en avons enfin terminé avec le kayak et nous apprenons la bonne nouvelle de l’annulation du poste se trouvant dans l’eau et qui nous aurait obligé à nager 150m dans l’eau froide avec tout notre matériel. Derniers efforts donc, on marche dans Alesund, on y est, on l’a fait.