Raid In France 2018 – Nos champions racontent

Un cri court dans la nuit – IAM – ou la quête vaine d’une identité collective

https://www.youtube.com/watch?v=7pjLV2-pnbY

Ce cri, c’est celui de Thomas. Le prologue a eu lieu, le départ sera donné dans quelques heures, toutes les équipes sont entassées dans un gymnase pour une dernière « longue » nuit, le silence est d’or jusqu’à ce cri, hurlement primaire face à, dixit l’intéressé, la sensation physique de ressentir l’esprit s’éloigner de son corps. Tout le monde se réveille en sursaut, Père François appose sa main sur Tom, et la magie opère, un sursaut, un rire puis à nouveau la sérénité. Quelque chose d’irréel et de métaphorique s’est néanmoins insinué en nous cette nuit-là, et nous poursuivra tout au long de cette histoire que l’on vous partage… entre réalité, imaginaire et fantasme.

 

Et des remords la racine s'élève un arbre et de l'arbre poussent des fleurs délicates qui viennent caresser le marbre.

Ces remords ce sont les miens.

 

Quelque chose n’a pas fonctionné, n’a pas pris, le singulier l’a emporté sur le collectif, un faux rythme s’est installé, le dialogue ne s’est pas produit, les réactions non plus. D’intenses remords donc, face aux manquements, aux absences, aux dégâts causés par une vision compétitive plutôt qu’aventurière et collective.

Le temps aide néanmoins à panser les plaies, mais il n’a pas fallu moins de 3 mois après que nous soyons arrivés pour faire le tri dans ce désordre immunitaire, refermer les sacrées entailles qui ont un temps fissuré notre amitié, et pouvoir sereinement coucher sur papier cette aventure qui fut la nôtre.

 

Pourquoi partir si loin ?

 

Pourquoi lutter à ce point contre la chaleur, suer à grosse goutte à pousser comme un dératé sur les pédales pour ne pas que le VTT se cabre face aux pentes vertigineuses rencontrées sur les 1ères hauteurs qui surplombent Saint-Leu et nous lancent à l’assaut du Maido ?

 

Pourquoi souffrir autant contre le froid, la boue, la pluie, ces 3 éléments s’additionnant de plus belle à mesure que l’altimètre continue de progresser dans la purée de pois menant au Piton de la Fournaise ?

 

Pourquoi devoir maltraiter ses pieds de la sorte, les confronter à la poussière, à l’humidité, les assécher dès que possible pour tenter de repousser à plus tard, même si ce n’est jamais assez, la douleur associée à la pose de chaque pas sur le sol ?

 

Pourquoi lutter autant contre nos yeux qui se ferment, à devoir s’extirper de zones subconscientes pour maintenir difficilement nos vélos droits sur la route ? Pourquoi se refermer sur soi, avancer sans pouvoir dire un mot, tel un zombie qui traverse les contrées magnifiques qui s’offrent devant lui sans avoir la force ou la présence d’esprit de pouvoir les apprécier ?

 

Pourquoi continuer à évoluer dans des environnements complexes, parfois hostiles, cailloux ultra glissants des cours d’eau, invisibles la nuit, sur lesquels nos genoux viennent buter douloureusement, roches volcaniques abrasives qui se font un plaisir de martyriser en si peu de temps nos semelles, et à fortiori torturer ces pieds mentionnés déjà auparavant, boue argileuse favorisant les sorties de piste, ornières humides dans des sentiers abrupts à descendre chargés comme des mulets vers la rivière des marsouins via d’improbables cordes, ronces qui stigmatisent notre peau, embruns salés marins asséchant nos yeux déjà brulés par le soleil, mousse végétale de plusieurs dizaines de centimètres dans laquelle ta jambe entière s’enfonce sans coup férir dans cette plaine des lianes qui porte si bien son nom, sable tantôt lisse tantôt gravillonneux engendrant des déséquilibres incompréhensibles à vélo ?

 

Pourquoi se laisser déborder par la détresse mentale et avancer malgré tout ?

 

Pourquoi s’engueuler, pleurer, continuer à s’encourager quand même malgré tout ? Malgré toutes les frustrations ….

 

Pourquoi tourner comme des lions en cage la semaine précédente ?

 

Pourquoi être excité à l’idée de faire 106kms de trek avec 15kgs sur le dos, de bouffe, de matériel de survie, et de baudriers sertis de lourds mousquetons ?

 

Pourquoi flipper à la vue d’une section packraft de 45 kms, sacs de 20kgs sur soi, gilets, pagaies, baudriers sertis à nouveau, évidemment les lumières pour les bateaux, les cordes pour s’amarrer en cas de galère, et puis la bouffe bien sûr et le matos de survie toujours ?

 

Pourquoi faire tout ça ?

 

Pour découvrir le monde et l’extrême richesse que celui-ci recèle.

 

Pour découvrir des facettes d’une île magique, facettes elles-mêmes ignorées des locaux.

 

Pour se découvrir soi, son endurance, sa gestion de l’effort continu, avec ses portions monotones, ses long moments de silence, son rapport à autrui car la progression s’effectue ensemble.

 

Pour se sentir vivant, pour reprendre un joli mot d’une néophyte qui se reconnaitra peut être
 

PROLOGUE – Kours la Rou

En relais avec Sarah, adolescente, je vous laisse apprécier la chanson de Bénabar qui va bien...

https://www.youtube.com/watch?v=dZ69uCUNvtY

Pétillante, la petite fait de la planche à voile, mais du Kours la Rou, jamais ! Elle est à fond cependant, nous pose 12000 questions, et son rêve : venir en métropole… pour… voir la Tour Eiffel… tututut, la quoi, mais t’es pas fou, pour déguster un KFC. Sic…


 

SECTION A – Trek / 106 km / 7 620m D+ / 8 140 m D-

 

 

Nous voilà lâchés, dans le grupetto disons, aussi notre 1ère montée, sac à dos chargés de bouffe pour 48h, de notre matos obligatoire (polaire, gore-Tex, gants longs, pantalon/collant …) et du matos corde (baudrier and co), se fait à vitesse grand V, on reprend du monde, on tente de se caler avec Lozère Team 2 Raid partis 1min après nous, on avance bien jusqu’à un 1er chantier hors sentier où nous nous retrouvons sur une ligne de crête alors qu’il fallait suivre un bras de futur cours d’eau. On bartasse là-dedans, ce qui énervera un peu les copains lozériens que nous ne verrons plus jamais. On retrouve le chemin et on descend progressivement dans ces rigoles, pas même de sentier ici, rien, on est déjà dans la forêt vierge, dans de l’épais. Le problème de ça, c’est que nous devrons pas mal attendre le passage d’autres équipes lors des 2 rappels qui sont placés en bas du bras Marron.

 

Sortis de là, ça se simplifie niveau orientation, c’est de la sente bien large parfois, on contourne tout le cirque de Salazie, découvert aujourd’hui comme par magie, son piton d’Anchain, ses incroyables falaises végétales, ses chutes d’eau grandioses … c’est magnifique. On avance à un rythme correct, sans trop forcer, reste « pas mal » de chemin, puis Tom se teste un peu suite à ces pépins survenus 20j avant. Il fait chaud, on boit régulièrement dans les cours d’eau, les pastilles sont parfois de mise, la gourde filtrante aussi, puis on continue jusqu’au premier point de contrôle (CP1). On rentre alors dans le cirque de Mafate par la sente qui longe la ravine Savon avant de suivre le sentier Augustave jusqu’à Aurère. Un choix aurait pu s’imposer ici, Avaya ou 400 Team ayant choisi de contourner le cirque pour rejoindre Cayenne… Nous ne nous posons même pas la question et prenons plein fer vers les très beaux ilets de Mafate, ça monte ça descend, c’est de toute beauté, on joue au chat et à la souris avec les copains d’Adeorun qui seront finalement nos amis de raid... Arrivés à Marla, de nuit, après plusieurs pauses, nous commençons à sentir pas mal de fatigue, mais pas le temps de trop flâner, malgré un ciel étoilé à vouloir éteindre la frontale une bonne heure et se laisser partir pour un petit somme à la belle étoile si bien nommé.

 

On quitte Mafate, longue redescente vers la cascade du Bras rouge et un rappel magnifique de 100m (La chapelle) à faire en cette fin de nuit entre 2 parois.

 

 

On ne voit pas grand-chose, mais c’est impressionnant malgré tout. Remontée vers Cilaos, où nous tentons, 24h après le départ, de prendre notre 1er sommeil, après avoir dévalisé la boulangerie. Repos hyper mal géré, c’est bruyant, nous nous mettons loin de nos affaires, multiplions des AR malgré nos pieds meurtris déjà… On dort 30 min à tout casser sur l’heure et demie demandée, Tom n’y arrive même pas…

 

Qu’à cela ne tienne, c’est reparti, direction le Piton de Neige, grosse montée comme on les aime du coteau de Kervergen, 800 d+ en 4kms… ça assoit. A/R jusqu’au sommet par le refuge, on en profite à la montée pour croiser des copains qui descendent, Absolu 2, les Arverne.

 

 

Petite pause et photo obligatoire au sommet puis on entame la redescente. Juliette est en forme c’est elle qui donne le rythme sur cet AR au Piton.

 

Petit arrêt boissons sucrées avant de repartir à vitesse moyenne. Le chemin est technique, la crête qui longe Salazie jusqu’au gite de Bélouve avec les couleurs du couchant est magnifique. Il est 20h, on s’arrête manger un carry qui fait bien plaisir mais les 1ères difficultés physiques apparaissent. Tom est dans le dur, une pause fera du bien, 15 min à la montre de dodo à même le sol humide de ce début de nuit, mais 2h plus tard, il faudra s’arrêter à nouveau pour dormir 1h dans la brousse cette fois, le corps de Tom réclamant cela de façon insidieuse, et justifiée après 36h d’efforts appuyés dont 2 chaudes journées. Pause salvatrice, nous repartons sur un bon rythme, doublons plus tard d’autres équipes gisants allongées sur le bord du chemin. Il faut dire que cette plaine des lianes en mode infrarouge est particulièrement hostile, le mot chemin étant parfois très flatteur. Le lever du jour est motivant, même si nous pataugeons un long moment dans la gadoue, et ce malgré une pluie fine qui nous trempe jusqu’aux os.

 

 

Après 48h d’effort environ, d‘une étape qui aura marqué les esprits de beaucoup d’équipes, nous voilà à la transition, dans un champ privé, sans ombre, écrasé de chaleur… Il y a de l’eau, nos affaires pour la suite, les gentils organisateurs, mais pas beaucoup plus. On se pose enfin, sans trop de stratégie, l’important du moment étant de manger et se soigner les pieds. La suite fait peur sur le papier, mais nous n’avions jamais imaginé cela…

 

SECTION B –Packraft (+ cordes) / 45km / 710 m D+ / 1 370 m D-

…où il a fallu se rendre à l’évidence que l’esprit d’équipe n’y était pas.

Nous sommes chargés comme des mules…

 

3 rivières au programme de cette section, rivière du Mât, remontée de la rivière des Roches et rivière des Marsouins.

 

La première descente avant la mise à l’eau donne le ton, ça glisse, c’est très raide. La remise en marche est difficile, Tom souffre fortement des pieds, il serre les dents mais le rythme n’est plus le même…

 

C’est en rappel que nous descendons sur la première rivière, la rivière du Mât. Il faut alors faire un choix entre naviguer sur une rivière compliquée au milieu d’énormes blocs rocheux, ou marcher en espérant pouvoir embarquer plus loin. Nous avons du mal à prendre une décision, le rythme de marche n’est plus très bon, on espérait pouvoir embarquer au plus vite pour soulager nos pieds. Mais cette portion nous semble trop difficile en bateau. A force de tergiverser, on finit par perdre Etienne parti seul devant. Cela dure quelques minutes mais elles paraissent interminables et on y laisse quelques forces.

 

Après un petit aller-retour à une balise que nous avions dépassé, on peut enfin gonfler les bateaux. On comprend assez vite que la navigation va être compliquée. On manque cruellement d’expérience en la matière, on échange plusieurs fois les binômes, on essaye de se rassurer mais clairement ce n’est pas de bon augure pour la suite.

 

La descente de la rivière du Mât est longue, le niveau d’eau est relativement bas et on doit souvent débarquer pour pousser. On arrive enfin à la balise espérée, face à la mer, 10 min avant l’heure fatidique liée à la dark-zone (heure limite de passage à un point donné) et la pénalité associée, … le moral remonte en flèche, nous nous entendons même dire « plus que » 2 rivières (dont une à remonter).

 

On longe la plage pour rejoindre un Check Point à Bras Panon où l’on décide de prendre un peu de sommeil bien mérité. On a bien envie d’en profiter pour acheter quelque chose à manger. François perdra pas mal de temps à faire deux longs A/R à une pizzeria qu’il croyait beaucoup plus proche en fonction des indications. Heureusement la deuxième fois un employé de la pizzeria le ramène en voiture avec les 4 pizzas jusqu’au CP.

 

Il faut alors repartir de nuit et remonter le courant sur la rivière des Roches. Les bras sont multiples, on marche, on pagaie, on marche, on pagaie. La fatigue est extrême déjà et cette portion tellement usante. Il y a alors quelques mots durs qui sortent, une engueulade alors que nous sommes proches d’une balise que nous ne verrons donc pas. Un demi-tour dans cet enfer est nécessaire. On s’accroche et on arrive enfin au lever du jour à la magnifique cascade de la Paix.

 

 

On sort enfin de l’eau et on dégonfle nos bateaux, moment choisi pour qu’un local (triathlète passionné de sport) nous interpelle… Il est étonné des écarts de temps avec la tête de course. Il a vu passé des équipes la veille à la même heure et a du mal à croire que nous participons à la même épreuve. On le « rassure » et on se « rassure » en lui expliquant que c’est normal et que nous ne sommes même pas les derniers avec un tel retard.  On blague en lui demandant un peu de café. Il nous prend au mot, il n’habite pas loin et il va nous offrir plein de bonnes choses, café, fruits, chocolat, le fameux gâteau à la patate douce et des gels aussi (sic). Ça donne le moral toute cette générosité, nous évoluons bien, de façon homogène, et remontons petit à petit malgré une petite heure de balise galère à trouver vers le CP suivant au milieu des champs puis par la longue route où l’on essaye de rester soudés et où l’on rigole un peu en innovant sur les techniques d’entraide avec le désormais fameux ©poussé de pagaie.

 

 

On arrive enfin à ce « CP », 4/5 personnes bien sympathiques de l’orga au bord de la route dans un virage, rien pour recharger, en eau notamment, normal sur du raid long. Nous n’avons plus grand-chose certes, mais ça devrait aller, la rivière est un peu plus bas, et la base de vie suivante nous semble désormais accessible et réelle. Malheureusement la suite sera plus compliquée que prévu, et c’est dans la peau de Tom que nous allons la suivre, section qui l’a particulièrement marquée.

 

Notre objectif est clair depuis déjà plusieurs heures : passer la prochaine dark-zone (19h) qui se trouve au milieu de la rivière des Marsouins, 3e et dernière rivière de la section. Une dark-zone se trouve au début d’une section que l’on n’a pas le droit de faire au-delà d’une certaine heure. La navigation de nuit est interdite sur la rivière des Marsouins, il y a donc une dark-zone à 19h. On semble vraiment dans les temps et on y croit.

 

Quelques mots de Tom à ce moment du récit :

 

« Reprenons le contexte, chargés comme des mules avec des packrafts sur le dos il nous reste une descente d’environ 2 bornes avant d’attaquer le packraft. 2 bornes de descente ? C’est rien du tout me dis-je, même si les orgas nous ont prévenu que la descente était accidentée. On entame donc cette partie, on s’accroche à des bouts de corde, des racines, des plantes, des brindilles… bref tout ce qui peut aider notre progression dans cette portion vertigineuse. Le début est ludique, du moins en comparaison des 6 kms de montée sur route qui ont précédé, ça passe bien. Je suis en dernière position. Un peu moins à l’aise et handicapé par mes pieds aux ampoules (ou l’inverse), je me fais distancer. Les passages engagés s’enchainent, et s’accentuent, pas de répit, pas un seul moment de repos, d’autant plus que je ne vois plus les autres et qu’il ne faut pas trainer car l’objectif est de ne pas prendre la dark-zone. Il fait chaud, je dégouline, je n’ai plus d’eau, plus rien à manger, je suis seul, je n’entends plus les autres, ils ne doivent pas être loin, je continue. Autant le début était ludique, mais la ça devient carrément dangereux et je ne m’amuse plus du tout. Une descente ? De la désescalade avec 15 kilos sur le dos oui ! Toujours tout seul, je ne vois personne. Au bout d’un moment j’entends un bruit, une voix, ouf, on doit bientôt y être, ça doit être le gars qui assure la descente en rappel nous conduisant à la rivière. Mais non, un autre gars de l’orga qui remonte en prévision de cette fin de journée, il me dit qu’on vient de faire la moitié, je suis dégouté, c’est interminable. Une autre voix, cette fois c’est Juliette qui m’attend, elle me donne un peu d’eau et des barres, c’est reparti. J’ai quand même l’impression d’être vidé, je dépense une énergie folle à chaque mouvement, je manque de tomber plusieurs fois mais je ne lâche pas, je garde quand même ma lucidité. François a compris ma détresse, m’attend, remonte me chercher des barres et une gourde qu’il a pu remplir un peu plus bas au niveau d’une chute d’eau. En vrai capitaine, il me rebooste, admirable, altruiste, taille patron ;). La dernière partie se passe un peu mieux et enfin nous sortons de cette abrupte jungle, c’est magnifique la vue sur la rivière, les falaises de végétation, et de magnifiques chutes d’eau. Je rejoins les autres, je ne sais que dire. D’un côté, j’ai l’impression d’avoir fait « perdre » un temps précieux à ce moment-là du fait de la dark-zone, mais de l’autre je leur en veux de ne pas m’avoir attendu. Avec le recul, il n’y aura pas de rancœur, la difficulté et la fatigue étaient tellement extrêmes sur cette partie que chacun me confiera avoir été dans son monde, progressant à son rythme, en mode autocentré, à suivre sans exagérer son propre instinct de survie.»

 

Nous nous en voulons cela dit d’avoir fait passer Tom en dernière position, il aurait dû passer le premier, on aurait ainsi vécu la même galère mais en équipe et à son rythme.

La première partie du packraft s’effectue de manière classique pour des personnes peu expérimentées en la matière : enchainement de sections ludiques, chutes, pertes de sacs, vidage de bateaux, re-chutes, …, et le temps qui s’accélère alors que l’objectif (point à partir duquel la dark zone ne s’applique plus) se rapproche très lentement. Finalement nous ratons cet objectif pour 10 minutes environ, et sommes contraints de bivouaquer au bord de la rivière de 19h à 5h le lendemain. Une nuit au bord de l’eau sans même pouvoir allumer un feu (nos allumettes étanches n’étant pas à la hauteur de nos espérances). La fin de descente aux 1ères lueurs du jour est un enfer, le niveau d’eau étant particulièrement descendu depuis la veille, nous devons sans cesse répéter le cycle infernal suivant : sortir des packrafts / les vider / les pousser / remonter dedans pour quelques dizaines de mètres.

 

 

Enfin nous arrivons à Saint Benoit, c’est la délivrance.

 

SECTION C – VTT / 41km / 880 m D+ / 880 m D-

…VTT : enfin.

Chaleur écrasante, des champs de sucre de canne, de sacrés raidillons, la plage, du sable, une belle maitrise de cette section, enfin, ça fait du bien au moral. On arrive à la pointe des Cascades où l’on peut s’acheter un jus de fruits frais et une glace qui nous feront le plus grand bien.

 

SECTION D – Trek (+ VTT) / 27km / 330 m D+ / 210 m D-

Un peu d’hésitation sur le début de section. On cherche désespérément un sentier qui partirait au milieu des falaises avant de comprendre qu’il faut évoluer sur les rochers entre la mer et la falaise. La suite est grandiose, on évolue à flanc de falaise, au pied du piton de la fournaise. On ne voit pas grand-chose, il fait nuit noire, mais on devine un endroit magique à la lumière des étoiles. On traverse des coulées de lave à ciel ouvert, puis on replonge dans la forêt.

 

 

On retrouve une route et nos vélos que nous enfourchons jusqu’à la fin de section.

 

SECTION E – Trek / 32km / 3 150 m D+ / 900 m D-

Trek Piton de la fournaise

Quand tu pars sur une section et que Benoît Peyvel (Lozère Team2Raid et orienteur talentueux), te souhaite « Bonne chance », au début tu ne comprends pas… et puis quelques heures plus tard tu te retrouves en pleine forêt à chercher le départ d’une ravine qui doit mener à la balise suivante… Le poste le plus difficile du RIF 2018, où certaines équipes auront perdu de précieuses heures… On retrouve Benoît Peyvel justement, il scrute la mer, le relief de la falaise et les rochers isolés… On s’appuie un peu sur lui, forcément, on s’engage ensemble en direction du poste mais il fait demi-tour et rappelle toute son équipe pour chercher plus loin. On reviendra quelques minutes plus tard au même endroit en cherchant un peu plus loin avec succès. C’est le meilleur moment pour trouver le poste, Tom vient de chuter il est à bout, comme nous tous, il craque un peu, mais cette balise, la fameuse K20, lui remontera le moral au meilleur des moments.

 

La suite c’est l’une des meilleures sections pour nous. Homogènes, soudés, réguliers… C’est une portion très difficile, un chemin certainement très peu emprunté pour effectuer les 2300m de d+ qui nous amènent à la plaine des sables en contournant le piton de la fournaise par le sud. On s’enfonce dans la boue, il bruine, il pleut, il fait froid et François doit s’enrouler dans une couverture de survie par sécurité. La végétation est dense et on trouve difficilement un endroit pour s’arrêter. On se reposera 15 minutes au milieu de la montée simplement et on terminera cette section sur un très bon rythme.

 

SECTION F – VTT (+ trek et grotte) / 51km / 760 m D+  / 2 800 m D-

VTT scellé – grotte – VTT scellé – VTT libéré délivré canyon et champs de sucre de canne

 

Section usante mentalement. 1200m de D- à côté du VTT, de nuit pour rejoindre Roche Plate, les organisateurs n’ayant pu malgré leurs efforts obtenir l’autorisation exceptionnelle de pouvoir rouler un peu dans ce morceau de parc naturel. C’est l’enfer donc psychologiquement, de devoir promener son vélo, dont les pédales ont été scellées par un serflex. Rien d’intéressant, aucun plaisir, et la visite de la grotte de lave avec le temps bloqué pour « profiter » ne nous « régénère » pas trop le moral, à oublier !

 

On peut enfin remonter sur nos vélos, petite hésitation en orientation, on perd un peu de temps pour s’engager sur la longue portion en fond de ravine asséchée qui mène à Saint Joseph. Dommage que nous soyons de nuit, les falaises sont vertigineuses de part et d’autre de la ravine. La progression n’est pas facile par endroit, il est difficile de tenir le vélo et de garder de la vitesse sur des milliers de petits cailloux. Lever du jour, on sort enfin de la ravine et on pointe une balise à un CP où l’on réveillera le bénévole bien à l’abri dans sa tente. On tente 15 minutes de sommeil mais la zone est sale et humide, on se fait dévorer par les moustiques. On repart, ce n’est pas l’extase, les portions de « VTT » sont peu intéressantes, et nous devons surtout lutter contre nos paupières qui se ferment de façon automatiques.

 

SECTION G – Trek (+ cordes) / 3 km

Nous arrivons au CP, épuisés de sommeil, mais nous décidons d’enchaîner au plus vite car cette section est courte et nous mène au Kayak de mer, section sur laquelle il y a une dark-zone. On doit retrouver et rassembler notre matériel de rappel, on se restaure rapidement et on démarre cette section en pleine chaleur mais avec le moral.

 

SECTION H – Kayak de mer / 37km / 0 m D+ / 0 m D-

Une surprise nous attend à la zone de transition au port de Saint Pierre. La mer est démontée, toutes les équipes qui nous précèdent, ou presque, sont malades (mal de mer), et se voient être en cours de rapatriement. On doit s’arrêter jusqu’à nouvel ordre. Forcément ça nous coupe un peu dans notre élan, ça fait toujours un peu mal de cravacher pour passer les barrières horaires ou les dark-zones et de se retrouver finalement bloqués. Mais l’endroit aurait pu être pire. On peut prendre notre première douche depuis le début de course, bien manger, et puis commencer à s’installer dans des petits lits d’appoint. Réjouissance de courte durée, pas le temps de dormir, les orgas nous annoncent qu’ils vont nous transférer en bus jusqu’à L’Etang Salé (milieu de section), afin de repartir d’un point potentiellement moins « démonté » et effectuer les 17 derniers kms de la section. Malheureusement les vagues sont toujours bien présentes et le départ est repoussé au lendemain matin. On rentre alors dans une phase un peu bizarre de repos, nos corps réagissent comme lors d’une fin de (grosse) course, on gonfle, on dort beaucoup, on mange bien… et dire qu’il va falloir relancer les machines après une nuit de sommeil. Nous osons frapper chez l’habitant pour récupérer de quoi passer une nuit plus confortable car ce stop est improvisé et nous n’avons que nos affaires de kayak avec nous. Nous tombons sur une résidence avec des gens très sympas qui viennent d’entendre parler de l’épreuve à la télé et qui sont contents de pouvoir nous aider à leur manière, via le prêt de tapis de sol et duvets.

 

Réveil 4h30 pour un départ à 5h normalement mais on sent pas mal d’hésitation, les vagues sont encore belles.

 

 

Finalement le départ est donné. C’est impressionnant pour être honnête mais les bateaux de sécurité sont proches c’est rassurant. On est soulagé de débarquer à Saint Leu, personne n’est malade, pas de requin, RAS.

 

SECTION I – VTT / 77 km / 2 830 m D+ / 2 730 m D-

Grosse effervescence lors de cette transition, liée à la présence de nombreux bénévoles, et surtout de tous les accompagnants des nombreuses équipes avec lesquelles nous sommes en course depuis ce 2ème départ. On voit également Fanny Fréchinet de Lozère Team 2 Raid, arrivée depuis 36h à une superbe place. C’est parti pour monter au Maido à VTT, l’enfer des 1ères pentes, des pourcentages à défier la gravité. Les gourdes se vident à la vitesse grand V car nous sommes assez bas encore, et les températures sont bien élevées. Nous ravitaillons chez un autochtone, puis à mesure que l’altimètre grimpe, nous prenons la brume, la pluie, le froid. Il faut se couvrir désormais, mais le sommet n’est pas loin, sommet où nous attendent des bénévoles transis de froid dans une purée de pois à ne pas rester plus de 2 min. La descente est technique cette fois, d’autant plus que les pierres sont glissantes. Mais cette section se passe très bien, notamment lié à la très belle association entre François et Juju, copilote d’orientation exemplaire. Des coups de cul finaux qui n’en finissent pas, une antépénultième balise loin d’être évidente avec les nombreuses collines émergeant dans cet endroit où la carte au 1/50000 ne permet pas de les distinguer les unes par rapport aux autres, les lignes de niveau ne divergeant pas, et la nuit tombante. C’est un sentiment particulier de se dire que c’est quasi fini, d’entrevoir le bout, d’être boosté par ça puis la minute d’après de ne pouvoir supporter de galérer une dernière fois. Nos tolérances mentales et physiques sont à leurs extrêmes limites. Mais la voilà cette balise, nous y sommes presque au dernier CP, enfin.


 

SECTION J – Trek (+ packraft) / 5 km / 0 m D+ / 100 m D-

Transition rapide même si les copains d’Adeorun seront plus efficaces que nous pour au final repartir un poil devant et nous devancer de peu sur la ligne d’arrivée. Après une descente dans une ravine à pied, et un poste de gonflage à même les bambous, c’est un bonheur de mini Packraft final, avec une navigation sans accroc ni courant, la rivière débouchant jusque la mer, une dernière balise, un petit trot sur la plage, la haie d’honneur des équipes françaises arrivées depuis 24 et 48h regroupées ce soir-là au resto pour l’anniversaire de Chiara notamment, la ligne d’arrivée, le champagne, la pizza traditionnelle, des moments de partage avec Pascal Bahuaud le G.O en chef et Jackson Richardson la star local parrain de cette épreuve hors norme, qui aura pour beaucoup d’entre nous tous, raideurs, été d’un niveau de technicité et de difficulté sans commune mesure. Il est vite 2h du mat, nous n’avons rien où dormir, l’herbe fera l’affaire une fois de plus, le corps n’est plus exigeant. La vie reprend le dessus petit à petit, mais c’est dans une bulle que nous revenons à elle. Le chant des oiseaux nous réveille de bon matin, puis la journée s’égrène, composée de siestes, de longues plages de temps, assis, hébétés, regards dans le vide, d’actions anodines de rangement de matos qui nous prennent une énergie folle et du retour progressif vers les mots, le dialogue, le lien social, en tentant de retranscrire à chaud nos émotions avec d’autres rescapés comme nous. La cérémonie de clôture vient nous rappeler qu’indépendamment d’un quelconque classement, nous venons de vivre une expérience de vie qui aura certes laissé des séquelles, mais qui nous fera grandir tous autant que nous sommes, et qui, j’en suis persuadé désormais, 4 mois après notre arrivée, aura permis à Juliette, François, Thomas et Etienne de tisser un lien unique, gravé dans le marbre, intégré dans notre ADN, que nous serons certainement bien incapables de pouvoir reposer sur papier et conter à nouveau. Mais c’est normal après tout, toutes les histoires ont une fin.

 

Et des remords la racine s'élève un arbre et de l'arbre poussent des fleurs délicates qui viennent caresser le marbre.

 

Elle est peut-être un peu longue notre histoire et pourtant nous sommes allés à l’essentiel.

Une aventure de 184h et 56 minutes et une 23ème place finale sur ce championnat du monde 2018.

59 équipes au départ, 28 équipes en full race, 9 équipes en short race, 22 abandons…

 

185h d’effort, 9 cartes, les 3 cirques, les rivières de l’est, la mer à l’ouest, le volcan… on a quand même bien visité l’île même s’il reste quelques trous:

 

 

 

Et enfin pour les curieux, le film officiel de cette aventure hors du commun :

https://www.youtube.com/watch?v=8_AhcAXIK0o&t=1533s

 

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