Un premier trail sous le signe de la Boue !

05/02/2019

Alors voilà, je ne suis pas, mais pas du tout coureuse. Je viens de la natation, frapper ses jambes sur du béton en cadence je ne comprends pas le principe, autant le vélo est une chouette découverte, autant la course à pied vraiment... Si seulement le triathlon pouvait être du swim and bike ! 2e année au Tuc, j'abandonne comme l'an passé les entrainements de David dès l'entrée dans l'hiver, pour préférer courir de temps en temps à côté de chez moi, à des horaires qui me conviennent plus, mais sans énorme progrès du coup. 
Ainsi je ne comprends toujours pas ce qui a pu se passer dans ma tête lorsqu'ON (comprenez JUSTINE AÏT CHADI) m'a convaincue de m'inscrire il y a quelques mois au Forest trail, dans la foret de Bouconne. Je me suis peut-être dis que c'était loin, que j'avais le temps, ou peut-être que j'étais ivre, allez savoir. 


Allez, 12km c'est pas la mort. Les quelques semaines pré-Forest trail je m'entraine plusieurs fois à faire une dizaine de km, ça devrait le faire ! Jusqu'à J-7 quand la pluie a commencé.. Lundi : pluie : mardi : pluie, mercredi : pluie... Plus les jours passent plus je me décompose devant la météo. Je ne m'imagine pas du tout dans le froid, dans le NOIR, dans la boue jusqu'aux genoux.. Parce que je commence à comprendre que c'est le principe de ce genre de trails, plus les conditions sont difficiles, plus les traileurs adorent !! Bande de fous...

On y est, plus que quelques heures avant l'heure fatidique. Je suis rivée sur Facebook et les infos que l'organisation nous donne, et les photos délicieuses des passages difficiles (passage sous buse inondée et autres joyeusetées). Mathieu le fait aussi, 18 km pour lui, il essaye de me motiver mais j'ai la boule au ventre. Sur la conversation Messenger avec les tri-copains, c'est morne aussi, une de nous abandonne et là, je me pose sérieusement la question : et si je n'y allais pas ? C'est là que SUPER-JUSTINE intervient et nous remet tous du beaume au coeur : "allez on se SORT LES DOIGTS DU C** " !!!

19h45 à Lévignac, les coureurs du 18km sont partis, c'est bientôt à nous. Il faut avouer que l'ambiance au départ est sympathique, Airs de batucada, certains coureurs sont déguisés, on papote et sautille sur place avec mes compagnons du 12 : Marie qui a l'air aussi inquiète que moi (j'avoue, ça me fait du bien) et Tatiana toujours souriante. Justine concentrée, prête à en découdre, sa soeur, et Fred qui nous donne quelques conseils de course, que j'écoute attentivement, moi qui n'ai aucune expérience de ce genre de course. Je sais que je serais derrière eux, mais j'aimerais ne pas trop me faire distancer.
Je n'aime pas les départs de course, en triathlon c'est très stressant en tous cas, il faut se jeter à l'eau comme des fous et ne pas se faire nager dessus, et là c'est smooth au contraire. Tout le monde part gaiement, et c'est plutôt beau cette armée de frontales qui défile dans les rues, comme une espèce de procession mystique avec des lampions, il manque juste un genre de musique elfique pour aller avec !

Je perds les copains de vue très rapidement, et je m'installe dans un rythme tranquille. Je sais que ça va monter très fort au début, on m'a dit d'y aller doucement, voire de marcher pour ne pas me griller le reste de la course. La pente devient en effet de plus en plus raide, je trottine, à mon rythme. Beaucoup marchent, je double, puis arrivée aux 3/4 de la côte je me mets à marcher également, c'est vrai que ça serait con de me couper déja les pattes. 


Au bout de 2km on rentre dans la forêt, ça y est, le parcours du combattant commence. De la boue partout. Je le savais. J'ai très peur de tomber, c'est vraiment mon problème numéro 1 : pas la performance, pas les 12km que je n'ai jamais fait, pas le froid, mais vraiment le risque de chute. Plotch plotch plotch, impossible de l'éviter, elle est partout. Pendant toute la course j'essaierais diverses stratégies : passer doucement, passer vite, taper fort du pied dedans ou au contraire se laisser déraper tout en contrôle, se tenir aux branches.. un peu tout combiné : ça fonctionne. Ca m'étonne mais je ne glisse pas trop, peut-être que mes chaussures de trail fraîchement achetées étaient un bon investissement. J'adopte une foulée "crapaud", ou alors j'ai l'impression de courir comme Phoebe dans Friends (ceux qui connaissent comprendront !). Pas mal de chutes autour de moi, j'essaie de ne pas me déconcentrer et de ne pas prendre peur. Parfois on se retrouve à passer à côté de gens qui ont la face dans la boue "ça va, besoin d'aide ??" "non c'est gentil merci !" C'est plutôt rigolo en fait, l'ambiance est joyeuse, les gens rigolent, et s'entraident : "attention le tronc d'arbres derrière", "attention flaque à gauche !". 
Par contre les 5-6 premiers km le sentier est très étroit, c'est une tranchée, et du coup ça bouchonne, c'est pénible quand on est coincé derrière quelqu'un. 

On débouche sur une clairière et ça devient plus large. Je suis très concentrée sur le placement de mes pieds jusqu'à maintenant, et ne me suis pas encore posée la question d'où j'en étais. Je lève le nez, c'est dégagé, on voit le serpentin de frontales au loin et les étoiles, c'est joli. Il ne pleut pas et je me dis que c'est quand même une chance. Physiquement je suis bien, mal nulle part, j'ai de bonnes jambes. Je pourrais accélérer si le terrain n'était pas aussi menaçant. Je me dis que les fadas de course à pied doivent y aller comme des fous, quitte à faire du ventriglisse de temps à autre, quelle chance ils ont d'être inconscients !
Ce serait bien d'avoir passé la moitié de la course avant de regarder mon compteur, histoire de ne pas me démoraliser. Evidemment au moment où je me fais cette réflexion je me trouve à côté de deux copines et l'une dit à l'autre "haaan tu te rends compte on n'en est qu'à 6km !" Merci les meufs.
Beaucoup de gens courent en binôme. C'est marrant d'écouter les conversations quand je les double ou quand je me fais doubler. Ca m'occupe. Une fille énervée à son mec : "je te PREVIENS c'est la dernière fois, on m'y prendra plus JAMAIS !!" héhéhé.

 



On retrouve les bois pour la 2e moitié de course. Le peloton s'est étiré, il commence à y avoir moins de monde sur le sentier. Parfois je suis carrément seule, et il me tarde d'apercevoir une loupiote au bout d'un virage, parce que c'est un peu flippant ! Mais à d'autres moments c'est un peu grisant également. On ne se rend pas compte de l'effort vu qu'on est dans le noir, l'impression d'être dans un film et d'avoir des supers pouvoirs ! 
On passe à côté de la fameuse buse, heureusement on ne passe pas dessous finalement, mais on est bien obligés de traverser le cours d'eau tout de même. What ?? on est vraiment obligés de sauter dans l'eau là ? Bon ok... ne réfléchis pas Julie, saute.. Plusieurs fois ce genre de situations se reproduit, si tu t'arrêtes pour réfléchir à la meilleure façon de traverser c'est mort, vaut mieux y aller d'un coup, en suivant la personne devant. Parfois c'est plus profond que prévu, et je lâche des "Putain !!" et j'entends les gens derrière moi le répéter à leur tour. Parfois on est obligés de s'aider de ses mains et de grimper. N'importe quoi ce parcours !
Je commence à regarder ma montre, je me suis presque amusée les 8 premiers km, là ça y est, je commence à en avoir marre. J'entends une fille dire à sa pote : "si on continue comme ça on le fait en moins de 2h" Quoi ! 2h ! Ca me démoralise, je pensais mettre max 1h30..J'ai les chaussures pleines d'eau c'est très désagréable, mais je n'ai pas froid. Je marche, je mange une barre, je bois un coup. Ca me fait du bien. Je n'attends pas trop longtemps sinon je me dis que je serais capable de ne jamais repartir, de m'enfoncer dans les sables mouvants et d'être retrouvée des siècles plus tard par des archéologues. 

KM 10 on sort des bois, je n'ai jamais été aussi contente de retrouver le bitume ! je crois naïvement que ce sera comme ça jusqu'à la ligne d'arrivée maintenant et je me mets à accélérer, même si c'est en montée. Et puis .. on tourne de nouveau.. dans les champs... noooooooooooooooooon. C'est reparti pour la bouillasse, et là c'est le passage le plus affreux de la course. On s'enfonce énormément et les chaussures restent collées. Heureusement les miennes sont bien attachées (conseil de Fred avant la course !) mais je lutte pour lever les pieds. C'est pas bientôt fini ce trail à la con ! Je peste tout fort, j'en ai vraiment marre. Le terrain s'améliore vite heureusement et on retourne dans les bois. Mais je commence à entendre au loin le Speaker, on s'approche de la ligne d'arrivée !! Ca me fait un bien fou et je m'accroche à cette voix comme une moule à son rocher. Je croise un type de l'orga (probablement) qui court dans la direction opposée et qui me dit "courage, plus qu'1km!" Je me demande où il va.

Ca y est, arrivée dans Lévignac, je cours de plus en plus vite. C'est en descente, je n'ai plus peur de tomber, je vole, c'est bientôt fini, et ça sent la saucisse grillée (ce qui est une motivation en soit). Fini ! 1h46.. Alors que je pensais tout le monde déja dans la halle en train de boire sa bière depuis une plombe je retrouve Justine, Fred, Tat et Marie sur la ligne d'arrivée, je suis trop contente de les voir, j'apprends qu'ils sont arrivés, 5, 10, 15 min max avant moi. Ils n'étaient pas si loin j'aurais pu essayer de m'accrocher. La prochaine fois je le ferai ! J'attrape mon sandwich saucisse si mérité, et file sous la halle retrouver Mathieu qui m'attend depuis un moment dans le froid, il a mis le même temps que moi sur 18km.. no comments...

 

 


Pour conclure je dirais que je suis fière de l'avoir fait, pour mon premier trail choisir celui de nuit et dans la boue n'était pas une mince affaire, et je l'ai fait, sans me blesser ! J'essaierai donc à l'avenir de ne plus me faire autant de mouron avant une course et d'avoir plus confiance en mes appuis. Plus encore, cela m'a donné envie de découvrir le trail, courir dans la nature est plutôt chouette, le temps passe plus vite, et j'ai trouvé cela moins traumatisant que de courir sur du dur, malgré le dénivelé. Par contre je le ferais bien dans des conditions plus ... sèches ! Merci aux Tucopains pour la motivation, à Justine de m'avoir embarqué là dedans tout compte fait, et aux bénévoles qui rendent la course si joviale.

 

 

 

Share on Facebook
Share on Twitter
Please reload

Posts à l'affiche

Sur un chemin de paix et de délivrance

October 16, 2019

1/10
Please reload

Posts Récents

October 15, 2019