Lot of plaisir pour Nelly sur le trail de l'Aqueduc

31/01/2019

42 kms 2200 m de D+

Une matinée estivale en Bretagne ou bien une immersion sur le 42 kms du trail de l’Aqueduc.

Comme d’hab’, il a suffi d’un « Si tu t’inscris, je m’inscris » ou un « Alllezzzz » pour me diriger tout naturellement vers la plateforme ChronoStart et cliquer sur le 42 kms de l’Aqueduc. Banzai ! Je me suis dit que si je boucle ce trail en 6h, objectif rempli.

J’évoque à certains cette inscription et on me dit, quasi à l’unanimité, des mots se rapprochant à peu près de « C’est costaud ! ». Bonnn, okay…

Samedi matin, je prends la route direction le Lot. Un brouillard à couper au couteau, un crachin digne d’une journée d’été à Cancale. J’ai une punchline engagée à l’esprit « Winter is coming…. » et on va se peler demain matin sur la ligne de départ.

Dimanche ; le réveil ne sonne pas puisque j’ouvre les yeux aux alentours de 4h avec une certaine appréhension. Dehors ça souffle, ça souffle un peu fort. Je m’habille et prépare mes affaires avant de rejoindre Gaëtan, un copain lotois et on prend la direction de Cours, avec Dub Inc dans la sono histoire de se donner un peu de chaleur avant le départ. Il pleut un peu.

6h30, on est sur la ligne, et good news, il fait plutôt bon et il ne pleut plus. Ça part. Chose plutôt rare, on court ensemble. Un truc nous effleure le visage. Gaëtan sort « Mais il pleut en fait.. ». Et oui, une pluie légère commence à tomber et ça sera loin d’être fini …. On trouve ça quand même cool de courir la nuit. On a le droit à une petite montée aux flambeaux, et à une ripe chacun, presque simultanées. Vers le 8ème kms, je n’aperçois plus Gaëtan, je progresse solo et j’ai de bonnes sensations.

On sort progressivement de la pénombre. Ça donne l’occasion de découvrir ou re-découvrir ce terrain de jeu merveilleux. Au dixième kms, je double une fille, c’est la première que je vois depuis le début. Deuxième ravito (12.5 kms), je demande au type si d’autres filles sont passées. Il me dit que je suis prem’s. Je lui réponds un « Pouaaah, énorme. ». C’est assez chaud d’être dans cette position à ce stade de la course, car on n’est même pas au tiers de l’épreuve. On verra.

On a beau être sur le Causse, le terrain est un peu gras et depuis 6h30 du mat’, on évolue avec différentes variations de pluie : bruine, pluie légère, petite pluie, pluie, pluie dense et danse de la pluie.

3ème ravito (kms 25) au sec. J’arrive sous un accueil chaleureux et les bénévoles me confirment bien que je suis la première nana. Je suis contente mais je commence à en chier, à être un peu trempée et à avoir un p’tit peu froid comme tous les autres coureurs. Je repars et c’est peu après ce moment-là, sous une grosse pluie et un bon coup de vent histoire de faire corps avec les éléments, que mon mur est arrivé et ça a duré jusqu’au début des 30 kms. Un bon gros mur, bien gros comme il faut, en or massif, à l’américaine.

Psychologiquement et physiquement c’est dur, vraiment dur. J‘ai un peu décroché. Je n’arrive pas à penser que ça a quelque chose de stimulant de vivre cette expérience. J’ai même plus la force de me dire des trucs motivants pour me faire sourire et me booster. Le tracé est semblable à un graphique représentant un séisme. Le rythme est systématiquement coupé tous les 150/200 mètres, c’est intenable sur la longueur. J’étais loin d’être dans cet état d’anéantissement au Montcalm ou aux Templiers. Là, on est sur autre chose. Ca sape énormément le moral ; état que je n’ai pas vécu sur les deux autres courses citées.

Entre temps, les 1ers du 27 kms comment à débouler, frais, tout comme les conditions météo d’aujourd’hui.

Pas mal de gars que je croise, que ce soit du 42kms ou du 27 kms, m’encouragent.  Ça fait vraiment du bien d’entendre ces petits mots qui requinquent. Je suis en mesure de faire un retour via deux formules « merci, c’est dur » «  merci, franchement c’est dur ».

Et pendant tout autant de bornes voire plus, j’ai scandé un nombre irraisonné de « pfiou », « pouah », « pff », « puuutain… ».

Quelques mètres après le kms 30 à ma montre, une fille me double (une Nelly !). Je la félicite et lui dis qu’elle passe première. Je me sens soulagée.

Je cours avec plusieurs gars. On se double selon que le tracé monte ou descend. Un type aux cheveux plus que grisonnant, bonnet sur la tête, petites lunettes et veste noire.  Un autre avec une veste bleue vive qui semble trop grande pour lui. Je me demande d’ailleurs comment il fait pour pas avoir chaud là-dedans.

C’est difficile d’avoir des appuis solides, ça dérape un peu partout et j’ai l’impression que mes chaussures peuvent craquer d’un coup.

En vallée, on passe en sous-bois, en longeant le Vers, entre les arbrisseaux recouverts de mousse. Tout est couleur vert chlorophylle. Il y a tellement peu d’espace qu’à tout moment, illusion d’optique, et bim on fonce droit sur une branchette !

Ma mémoire flanche mais je dirais qu’entre le kms 33/36, la fille que j’ai doublée au 10ème kms passe devant, fraiche comme c’est pas permis. Elle me dit qu’elle s’est plantée dans le parcours avant de poursuivre. C’est sûrement aussi à ce moment là où je suis passée en dessous des 7kms/h et de l’objectif des 6h (folie douce !).

Un type avec des bâtons, bonnet, et de beaux traits avec qui j’ai à peu près le même rythme, m‘encourage depuis pas mal de bornes et me dit de garder ma place sur le podium. Et je me dis « Allez Nelly, tu la mérites ta troisième place bon sang... Essaies de ne pas trop marcher. ».

Je compte me délecter de mon sandwiche au jambon de pays. Un croc et rien. Sachant que je me suis enfilée quelques pâtes de fruits et j’en passe, il était inutile et complètement débile de prendre du pain de mie sans sucres ajoutés. C’est sec et c’est pas bon. Je suis dég’.

Trempée de la tête aux pieds, je commence à compter les kms qui me séparent de l’arrivée (pas bon ça). Ça passe pas très vite dis-donc !

A la énième côte, un type sort à son collègue « Je ne me souvenais pas de ce passage ; l’année dernière je devais être dans le coma à ce moment-là ». Ça me fait rire.

Dernier ravito. Je demande aux bénévoles s’ils n’ont pas trop froid et Michel, 60 ans bien tapé me dit « On est rude. ». Je me sens obligée de dire que c’est dur et il répond par la négative. Je lui dis qu’on ne va pas être copains. Et me rétorque « J’aurais bien fait le 42 mais ma mère ne voulait pas donc je l’ai pas fait. ». Ça m’a fait rire aussi et j’ai un regain de moral.

On poursuit sur une partie du parcours emprunté par le 27 et le 13 kms et c’est un peu le dégât. Le parcours est ludique. On jongle d’arbre en arbre afin d’éviter de glisser au max. Le sol est pétri et ça colle aux godasses.

Je sors à un type, qui fait une pause glissade et de façon totalement gratuite, «Si vous vous cassez la gueule et que je rigole, c’est pas pour me moquer, ça sera nerveux. ». Il semble ne pas comprendre et moi non plus d’ailleurs.

Arrive le fameux boyau de 5-10 mètres où on ne voit pas grand-chose, j’arrive à me vautrer à l’intérieur, improbable.

On se mange une côte bien raide avec un passage sous une arche en pierre avant de descendre avec les cordes. On poireaute quelques minutes. Ça m’énerve mais je me dis que ça me permet de récupérer et je ne vois pas de filles derrière. On se calme et on se détend petite!

Puis dernière côte, plus douce, où tous les circuits convergent. J’essaie de courir, peine perdue, j’arrive à faire 2/3 fois 20 mètres. J’suis oxy. Depuis le kms 25, je veux rentrer chez moi, juste rentrer chez moi.

Le finish est dans 200-300 mètres. Un mec me rattrape au moment où on renoue avec le bitume et me motive pour trottiner jusqu’à l’arrivée, merci mec!

Je conserve ma troisième place après 6h47 d’épreuve. Nous arrivons dans un mouchoir de huit minutes avec les 2 premières. Je retrouve Gaëtan, arrivé une demi-heure avant et déjà changé.

Dans la foulée, remise des récompenses et je confirmerai auprès de l’audience que « C’était dur… franchement c’était dur. ».

 

 

 

 

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