Calmée par le Montcalm

19/08/2018

Il est 4h, la sonnerie de mon réveil me fait sursauter. Gnéééééé, j'ai l'impression d'avoir à peine somnolé 4h, ça tombe bien, aujourd'hui, j'ai presque rien à faire, juste une petite baladounette sur les deux sommets ariégois, bah oui, aujourd'hui, c'est le marathon du Montcalm, pas besoin d'être en pleine forme :)

 

Le marathon du Montcalm se décrit comme "la course la plus montagne des Pyrénnées qui s'adresse avant tout aux amoureux de la montagne qui souhaitent concilier effort physique, beauté des paysages et convivialité.". Pour les amoureux des chiffres, c'est 42km (en réalité 40), 2580m de D+, deux sommets à 3000 (le Montcalm et l'Estats) en une montée one shot, puis une descente one shot et des milliards de cailloux à négocier.

J'y avais déjà participé l'année dernière et je l'avais bouclé en 7h40, l'objectif à peine avoué cette année est de passer sous les 7h. Gros challenge, vue le peu d'entrainement course à pied de l'année avec mes soucis de tendon d'achille et mon peu de dossards de l'année. L'idée est donc de jouer sur la caisse acquise cet hiver à bouffer du D+ à ski  de rando, des deux semaines de montagne de cet été et sur mon expérience sur les trails montagne. Inch allah, on verra bien, j'ai surtout très envie de me faire plaisir et d'en prendre plein les yeux.

 

Dans ma tête, la course devrait se dérouler comme ça :

 

 

 

Comme je disais, une baladounette!

 

J'ai tellement la tête dans le pâté ce matin qu'à force de trainer au ptit dej, je finis par être en retard et devoir avoiner sur l'autoroute (ma pauvre Logan ne s'en remettra jamais...). Je passe à deux doigts d'écraser une chat noir sur la route, ça commence bien cette histoire. Je retrouve Adrien au gymnase d'Auzat, on est les seuls touristes encore en tongs à 6h30 (alors que la course commence à 7h, nikel). Il fait le modeste en me disant ne pas être entrainé, venir là sans prétention et peut être arriver à le finir en 6h30 (pour ceux qui suivent, il finira 16ième en 5h31 ^^). Bâtons, pas bâtons, camel, pas camel, veste? On partira tout les deux presqu'en slip, ni bâton, ni camel, juste une petite ceinture avec deux petits bidons feront l'affaire, il y a des ravitos tous les deux km, et les bâtons vont juste faire chier dans les passages où il faut poser les mains.

 

7h, le départ est donné au son des cloches de l'église d'Auzat. la course commence par qq km de bitume, c'est roulant il faut en profiter, ça ne va pas durer longtemps. C'est donc là où il ne fallait pas s'emballer et partir trop vite. C'est donc là où je suis partie trop vite. Je sens vite que je vais payer mon manque de volume de course de l'année, mais en même temps j'ai envie d'être bien placée dès qu'on va attaquer la montée dans la forêt alors tant pis. L'entrée de la forêt arrive justement rapidement et on attaque dès le 4ème km la montée sérieuse. Ca monte moins qu'après mais ça monte. Et là c'est le drame, j'ai déjà les jambes en coton, bourrées d'acide lactique, bref, j'ai mal aux jambes. 4ème km et j'ai mal aux jambes, maintenant c'est sûr: je vais souffrir! Je passe donc en mode sauvetage de meuble et j'essaye de temporiser pour garder un bon rythme sans trop me mettre dans le rouge. On arrive en une grosse heure au parking de l'Artigues, déjà 11km dans les pattes mais on a fait à peine 500m de D+. Le gros chantier nous attend : 2100m de D+ en 8km, miam! Je discute rapidement avec Chloé, une fille qui a le même rythme que moi. On décide de faire toute la montée ensemble et de se soutenir mutuellement. On va donc alterner des relais pour maintenir un bon rythme. on va d'ailleurs amener un bon petit peloton avec nous (personne n'aura la motivation de nous relayer d'ailleurs, sympas les potes). L'arrivée au refuge du Pinet fait du bien au moral, les bénévoles sont, comme d'habitude au taquet et au petit soin pour nous et surtout, je sais qu'après le refuge, on attaque la montée dans la caillaisse, qui bien que de plus en plus raide, est juste magnifique. On nous promet du soleil en haut en plus (depuis le début on est dans la brume, c'est pas plus mal, il fait moins chaud). J'ai toujours très mal aux jambes mais à entendre les gens souffler derrière moi, je me dis que tout le monde est dans la même galère, je savais à quoi m'attendre. Je n'ai aucune idée de l'heure qu'il peut être, je me suis interdit de regarder ma montre, trop déprimant de voir les kms s'écouler si lentement :s

 

 

On est tous la tête dans le guidon quand on entend un mec qui crie. C'est le premier qui descend déjà et qui gueule pour que les lents qui montent s'écartent. Il court à une vitesse stratosphérique. Il s'agit de Marc Pinsach, nième fois vainqueur du marathon en 4h14 (presque le temps que je mettrai juste à la montée :).et coéquipier de Kilian Jornet à la Pierra Menta hiver .Les autres suivent et on voit arriver assez rapidement la première féminine, hallucinante, elle finira 12ème au scratch en 5h23, voilà voilà). Je me reconcentre sur mes pas quand je vois arriver un teeshirt jaune tout sourire. Mais, mais c'est Adrien! Enormissime, il a l'air bien placé et en super forme! Petit check TUC, ça me fait hyper plaisir de le voir et je suis super fière de lui!

Les derniers mètres de D+ pour arriver au Montcalm se feront au mental avec Chloé, la vue est vraiment magnifique, je suis quand même trop heureuse d'être là, Comme me le dira Chloé toutes les 5 minutes "On est pas bien là, à la fraiche....). Petit coucou aux bénévoles et au PGHM au sommet et on redescend direct pour retourner au col et remonter à l'Estats. C'est un peu plus technique, ça bouchonne, je commence à m'agacer, mais finalement, je me dis que c'est pas si mal ça fait souffler un peu. Petit coucou aux bénévoles et au PGHM à l'Estats, je choppe un bout de banane au passage (rien avalé depuis ce matin, c'est pas très malin ça) et c'est parti pour 2500m de descente. Comme à la montée, c'est technique au début, il faut mettre les mains, les gens devant moi se trainent, ça m'énerve, ça y est j'ai plus mal aux jambes, laissez moi courriiiiiir. Sauf que cette descente est une vraie boucherie. déjà glissante en temps normal, avec tout ce qu'il a plu hier, les dalles sont recouvertes de boue, c'est une vraie patinoire. Tout le monde autour de moi se casse la figue. Et là, blocage psychologique, j'arrive plus à courir. Je met 30 secondes pour me reconcentrer et me bouger les fesses pour tenter de sauver les meubles en descendant prudemment sans perdre trop de temps. Du sommet jusqu'au refuge, la descente sera donc très énergivore en concentration et musculairement mais j'arrive enfin à l'entrée de la forêt sans encombre et sans mettre arrêtée, L'idée était de me débarasser de cette partie de la descente pour faire une bonne pause avant les 10 derniers km. Les bénévoles sont restés à leur poste mais sont partis en mode gueuleton, barbec, vin rouge et pâté. Je demanderai à un ravito un reste de bouffe (banane, abricots, un truc qui s'engloutit quoi...), ils me proposeront du chorizo et une entrecôte. L'année prochaine, je m'inscris en tant que bénévole, ça l'air vachement plus cool!

 

Dans la fôret, j'ai retrouvé les jambes et la confiance dans mes appuis, je peux enfin envoyer!! Je servirai d'ailleurs encore de lièvre à un groupe de mecs bien planqués qui me planteront ensuite... Je commence par contre à me sentir vraiment fatiguée. Arrivée au ravito de l'Artigues, une bénévole me demande plusieurs fois si je vais bien, je dois vraiment avoir une sale tête. je commence à ressentir le peu de sommeil de cette nuit aussi, j'ai envie de dormir! Je zieute les spectateurs dans l'espoir que mon copain m'ai fait une surprise à venir finir avec moi, mais en fait, ben... non :) Va falloir la finir toute seule cette course ma grande.

Pour la première fois je regarde ma montre, 6h10, l'arrivée en 7h10 va être compliqué mais c'est jouable! Je sais que le plus dur reste à faire : 10km pour redescendre à Auzat, qui sont globalement descendants mais avec quelques petits coups de culs tueurs mais d'avoir vu le chrono me rebooste.

Ca commence d'ailleurs par 3km de route dévastateurs pour les articulations, j'ai mal partout, j'ai l'impression d'être un zombie. J'arrive à chopper un petit groupe, je sais qu'il vaut mieux être accompagné sur les fins de course que de courir toute seule. 3km avant l'arrivée, je me fais doubler par une dame que j'avais doublée dans la partie technique de la descente, elle a l'air bien plus fraiche que moi, sauf que 200m plus loin elle se mange un fil électrique, se relève un peu sonnée et se cale dans ma foulée. Elle me propose de terminer ensemble, "parce que c'est plus sympa de se soutenir entre filles", tout en me précisant "en plus je suis V3" (traduction, en plus tu ne vas pas me piquer une place en catégorie sur le podium).J'accepte avec plaisir, mais je suis vraiment au bout du rouleau. Au bout d'un km, soit 2km avant l'arrivée, j'en peux plus, j'ai juste envie de m'arrêter, j'ai mal partout et j'ai envie de dormir. J'arrive à peine à lui articuler "J'en peux plus Josiane (true story, c'est son vrai prénom), si je continue de courir je tombe dans les pommes, il faut que je marche". mais Josiane elle a encore la patate et elle ne veut pas me lâcher. Elle me choppe la main et m'oblige à courir. On arrivera donc main dans la main jusqu'à la ligne d'arrivée sous les applaudissements des supporters (qui, déjà, kiffent les féminines, mais alors, main dans la main, quel symbole ;).

 

 

Alléluia, passage de la ligne d'arrivée, je fais un gros calin à Josiane (qui fera un podium en catégorie, well done!) et je tente de faire un sourire à Olivier qui mitraille avec son appareil photo, puis je m'écroule par terre, je suis cuite de chez cuite de chez cuite. Quelques secondes pour me remettre de mes émotions, je regarde le chrono 7h13! C'est pas moins de 7h mais c'est presque 30min de moins que l'année dernière, c'est trop cool, j'ai souffert, mais ça en valait la peine!

 

 

Le meilleur moment de la journée sera sans aucun doute le massage à 4 mains offert par les kinés venus sur place.

 

Les organisateurs n'ont pas menti quand ils disent que la course allie effort intense, paysages magnifiques et convivialité. C'est une course vraiment exigeante physiquement et un peu engagée quand même, en pleine montagne organisée par une équipe au top, aux petits oignons pour les coureurs et qui assure avec le sourire la montée sur leur "Caillou". Bref, une course à cocher dans le calendrier pour l'année prochaine!

 

Un immense bravo à Adrien qui signe un temps impressionnant et à Nelly pour son premier long trail, pas des plus faciles, elle a assuré!

 

Le film officiel de l'année dernière : https://www.youtube.com/watch?v=hacqFl7gSXQ pour ceux qui hésitent encore.

 

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