Nos championnes de France au Raid Absolu

C’est un peu pour ça qu’on fait du raid…

 

Un peu émue, un peu fière, un peu reconnaissante, encore un peu sur un nuage… Je ne réalise pas vraiment. Ce que je sais, c’est que j’ai beaucoup de chance d’avoir des coéquipières comme Juliette et Estelle pour avoir vécu tout ça, un club de triathlon et de raid juste incroyable, des gens autour de moi/de nous toujours là pour nous encourager, nous aider, nous motiver… C’était une grosse année et je crois que j’ai envie de dire MERCI à tout plein de monde de pouvoir vivre mes rêves. Rangeons les mouchoirs, je vais avoir une petite larme.

 Après ma 1ère grosse échéance de l’année, l’Halftriman (au passage, grosse régalade et trop de TUClove sur ce week-end !), une semaine d’apéros post Altriman, c’est gonflé à bloc que l’on part pour ces championnats de France de Raid à Bagnères-de-Bigorre. En terre pyrénéennes donc, logistiquement c’est top, pas besoin d’aller vadrouiller jusqu’à l’autre bout de la France. Pi surtout c’est les copains d’Absolu qui organisent ces France, que des visages connus, des encouragements, des petits sourires et tapes dans le dos, c’est rassurant et chaleureux.

 

Au programme, pas mal de km et de dénivelé (sur les montres ça fera 117 km et 5700m de D+), avec pleins d’épreuves différentes (cf. les petits pictos sur la photo), le tout en orientation. 2 équipes pour représenter le club : TUCTriLesFilles et TUCTriLesHommes.

 Il faut toujours qu’un Raid commence bien, et pour ça il suffit de m’appeler, moi #axellelagalérienne. Estelle et Nico passent me prendre, et au moment de décrocher mon vélo, on s’aperçoit que ma roue arrière ne tourne plus… intéressant à 5h00 du prologue ! On charge les affaires, concertation, je prends un 2ème vélo au cas où, je dépose le mien à Chullanka en croisant les doigts, et François me le récupère au passage ce soir pour me l’amener. Ce n’est pas la roue libre comme on le craignait, et « seulement » les roulements qui sont grippés, bien sûr il a les pièces en stock et me le fait en express cet aprem…Amen !

 

Arrivés à Bagnères vers 16h00, il faut récupérer les doigts et faire vérifier le matériel : baudrier, longe d’escalade, combi de canyon, bâtons, casque de montagne… c’est simple niveau équipement le raid , que des trucs que tu es sûr d’avoir quelque part au fond d’une caisse chez toi… On prépare les sacs de bivouac qui partiront demain matin avec nous et que l’on retrouvera le samedi soir quelque part au milieu de la montagne.

 

18h00 : c’est l’heure du débrief et du prologue. Ça sera un relais en orientation, chaque équipier part pour un parcours long, moyen ou court, avant de donner le relais au prochain. Je prendrai le départ sur le court, (pas pris une carte d’orientation depuis les dentelles) petit stress. Je m’en sortirai bien et ça sera un ramonage de poumons en bonne et due forme !

Entre temps, François et Julia aux petits soins avec moi, s’occuperont de mon VTT qui doit partir avec le dernier camion de la journée. Il faut l’équiper pour demain, et moi je suis en train de courir ma CO : Big thanks à ma team méca :-)

Direction le terrain de camping, pour une première nuit sous l’orage. Parfait pour avoir un peu tout humide avant 2 jours de raid.

 

J1 : réveil 5h00, départ en bus à 6h00 pour nous emmener au départ à Payolle. On remplit un camion entier avec les sacs de bivouac, ça déborde, et là un mec dit « euh désolé j’ai oublié mon casque dans mon sac de bivouac »… Allez tiens je te file ma médaille de boulette !

Le départ est donné à 7h30 avec 2,5km de cap autour du lac de Payolle, enchainé avec le 1er VTT, plutôt très montant. Une 1ère balise où pas mal d’options sont possibles (la section a pour titre : la grande dispersion). On a pris l’option dré dans l’pentu et c’est payant. C’est cool ça pour le moral, même si t’as déjà les poumons en feu, le cœur à 200, le dos trempé et qu’il n’est que 8h00 du matin. Ensuite nous arriverons au parc VTT pour un trail, où là encore on sait qu’on va se faire chauffer les cuissots, 800 de D+ nous attendent pour 8 km.

 A l’image de ce raid, les paysages commencent à être magnifiques en s’élevant, le pic du midi au loin, la lumière du petit matin, un peu de magie dans l’air. Après une bonne ascension, on longe une crête technique et magnifique. On court avec une équipe de filles. Elles nous distancent lors de la descente, nous les reprendrons lors de la dernière montée et les lâcherons sur le VTT suivant.  A ce moment-là, dans ma tête aucune idée de notre classement, mais on doit être 5ème ou 6ème, car je sais qu’il y a 2, voire 3 équipes derrière nous. Et honnêtement, impensable que l’on soit dans le trio de tête. Je sais qu’aux raids précédents certaines équipes étaient plus fortes que nous, et donc devant nous…

La 1ère barrière horaire arrive, on donne tout sur la 1ère partie du VTT pour ne pas se faire shunter. Encore une section bien relevée niveau déniv’, où l’on finira en haut du col d’Aspin, pour ensuite longer une très belle ligne de crête. On arrivera avec une grosse ½ h d’avance sur la barrière horaire. Le checkpointer nous dit que l’on est 2ème et les 1ère viennent juste de repartir… je crois que j’ai avalé mon twix de travers. Mais c’est ENORME ! Direction la balise 10, j’ai même plus mal aux jambes tellement je suis excitée !

Balise 10 qui sera optionnelle, puisque l’on sera que 3 équipes filles à l’avoir prise, les autres n’ayant pas passé la barrière horaire doivent aller direct à la 11 et prendront 1h45 de malus. A la 10 on croise nos concurrentes du moment… OUCHHHH on est dans le game !!! C’est énorme comme ça me stimule ! Après une descente engagée droit dans la pente en leur compagnie, on arrive finalement toutes ensembles à la fameuse épreuve aquatique. En résumé ça ressemblera aux photos de l’équipe des mecs que Chiara a gentiment mis sur Facebook, sauf que nous on ne coulait pas ;) Un énorme ravito nous attend, mais pas le temps de niaiser, on a une barrière horaire à la CO. Il y a de la pastèque, du melon, du comté, et toute sorte de trucs dont tu rêves te délecter… mais ça finit en une salade de pastèque, pomme, comté et TUC que ta bouche broie comme elle peut car tu n’arrives plus à mâcher. En temps normal c’est un mélange de goûts et substances que ton corps refuserait d’avaler, on repassera pour le côté gastronomique…

On pense qu’il faut qu’on soit à 15h00 à la balise n°5 de la CO. Il est 14h15 lorsqu’on décolle du lac, il nous reste un VTT couloir de 2km pour arriver à la CO, c’est chaud donc. On repart avec les filles concurrentes (la pression !), on arrive en même temps à la CO. C’est là que la transition doit être efficace, on s’en va au plus vite de l’aire de transition. On réalisera que la barrière horaire de 15h00 n’était pas à la balise 5 mais au départ de la CO… LARGE !! c’est bon on a passé toutes les barrières horaires aujourd’hui, plus qu’à se concentrer pour ne pas faire d’erreur. La CO est sur carte IOF… comment dire, je crois que sur ce format j’ai encore du travail, je nage dans un océan de vert et de jaune, agrémenté de points verts et noirs… Mais heureusement Juliette est là pour gérer d’une main de maître cette CO. Estelle me reprendra la carte, car moi je ne sers à rien. Quelques balises sont bien cachées, mais grâce aux talents d’orienteuses de mes coéquipières ça passe ! Petit instant magique, un cerf déboule et traverse le champ de fougères devant nous… C’est peut-être pour ça qu’on fait du raid ?

On croise nos concurrentes qui nous demandent si on a pris la 1… YES ! On est passé devant (au final elles ne l’ont pas trouvé ce qui leur vaut 15 min de temps en plus). La fatigue commence à se faire sentir, mais la journée n’est pas finie. On repart en VTT, c’est le dernier gros morceau avant le gel du chrono pour la via ferrata.  Au bout de 5min Estelle s’aperçoit qu’elle a oublié de badger la fin de la CO… Aïe, retour au départ pour Estelle. Moi j’en profite pour resserrer mes cales de VTT. J’ai un problème je n’arrive plus à déclipser. ‘Fait qu’à chaque passage technique où je dois déchausser vite, je tombe sur le côté… ça fait mal, et à certain moment je me fais peur, ça ne me met pas à l’aise sur le VTT. Quand je tombe, j’ai la chanson d’Oldelaf « la tristitude » qui me vient à l’esprit. Aujourd’hui, pour moi la tristitude c’est de tomber comme une bouse sur le côté, le coude dans la boue, et les 2 pieds accrochés au vélo.

On se dépouillera dans la dernière bosse du VTT pour passer la ligne d’arrivée de cette 1ère  journée, car les filles ne sont pas loin derrière. On ne sait pas vraiment quelles balises ont été prises ou pas par les autres équipes, mais plus on arrive vite, plus on conforte notre avance. Comme à mon habitude (ceux qui ont fini l’halftriman avec moi savent de quoi je parle), j’ai mis damage au buffet d’arrivée. S’en suit une via ferrata, puis (ce n’est jamais fini le raid) une petit « rando » pour atteindre le bivouac avec 200 de D+. D’après le briefing c’est pour éviter qu’on les fasse demain matin…Bon d’accord...

 

En arrivant au bivouac, le sourire est là. Les mecs sont en train de se rincer dans le petit ruisseau, ils ont monté les tentes, le paysage est magique, le pic du midi en fond d’écran. J’adore cette ambiance, franchement, c’est trop cool, trop beau, trop tout quoi. C’est peut-être pour ça qu’on fait du raid ?!

Des dizaines de tentes dispersées au milieu de ce petit havre de paix, une bonne platée de pâtes, des moutons, des ruches, l’herbe est douce et bien verte, la lumière du jour décline... Le 14 juillet à Tramazaygues c’est bucolique, et comme apaisant. Perso, ça me comble bien plus qu’un feu d’artifice.

Les absolus gèrent à tous les niveaux, ils ont amené des toilettes sèches (je dis ça mais c’est pas pour autant qu’on est allé les visiter), de la bouffe à foison, même le dessert est fourni ! On prépare les sacs pour demain, je pense qu’à 21h30 on est déjà couché, il fait encore jour mais on dort profondément. Demain réveil 4h00.

 

J2 : le menu est bien copieux encore pour cette 2ème journée. Et pour nous, un titre à aller chercher… Autant dire qu’on ne va pas s’arrêter cueillir des framboises.

Pour se mettre en jambe, départ à 5h30 pour une ascension du pic du midi (1500 de D+). On sort les bâtons, le petit déj qui n’a pas dépassé l’estomac, et on part… vite ! Même très vite. On sait qu’il y a 1600 de D- après, qu’on est moins fortes que nos concurrentes en descente, il faut qu’on prenne le large à la montée. On fera une super belle ascension en un peu moins de 2h00.

En prime, lever de soleil, montagnes à 360°, le silence et le bruit de nos souffles, un peu court. Encore une fois, un peu de magie dans l’air… c’est peut-être pour ça qu’on fait du raid ?! Se dépasser, découvrir des paysages à couper le souffle, explorer des endroits où l’on ne serait probablement jamais allé un jour, et surtout être à 7h00 du matin à 2900m d’altitude un 15 juillet. Ça n’a pas de prix. Durant notre ascension, on voit au loin Etienne et Nico, sur une pente du pic du midi, leurs silhouettes se découpant sur le ciel aux couleurs du petit matin, encore une image magique bien gravée là-haut.

 

Au sommet, l’air est vif, on s’équipe de nos baudriers, pour atteindre l’autre côté du sommet. On doit se longer à une main courante car il y a du vide autour de nous.

Puis vient la descente. Le début est dur et technique mais le chrono est encore gelé.  Une fois la balise badgée, le chrono est lancé, et nous repartons sur les talons de l’équipe qui, on sait, est juste derrière nous (on ne sait pas vraiment à combien de temps mais pas beaucoup), objectif ne pas nous faire distancer. On fera une bonne partie dans un pierrier, c’est facile on se laisse glisser dans les cailloux et ça va vite, on se remplit les chaussures de gravillons par la même occasion. Estelle va se dépasser pour sortir une descente de l’espace ! Ça transcende une course. Une balise cachée au milieu de la descente redistribuera les cartes. Au loin on voit les mecs dans un rentrant, ils nous font des signes… ils ont la balise ! Nickel, on trace et on ne reverra plus les filles qui ont dû se perdre dans les myrtilles et les fougères.

Transition express, les pieds brûlent un peu avec l’heure de descente qu’on vient de se faire et les graviers plein les chaussures. On décolle en VTT au plus vite, pour aller rejoindre le départ du canyon. Là, il faut s’équiper vite monter au départ du canyon et badger la balise pour geler le chrono. Vous avez déjà mis une combi de canyon ?! Alors le concept : tu as faim, tu es transpirant, plein de boue, il faut mettre une combi de canyon au plus vite, mettre un casque, un baudrier, puis « courir » au départ du canyon… Chiara te dit « c’est jouste à droite ! ». A droite avec 100 m de montée sèche oui ! Tu préfères courir en combi de canyon toute ta vie ou ressembler à un pingouin ? Une petite rengaine de tristitude me revient en tête.

3 rappels plus bas on retrouve Estelle qui nous a préparé les gourdes, les cartes… Depuis 5h30 ce matin et ma pompote, j’aurais bien pris un peu le temps pour me poser et manger, étant donné que le chrono est gelé, mais là encore on a une porte horaire pour la prochaine CO, pas le temps de trainer. Le début du VTT monte bien, les mecs nous rattrapent. Il y a plusieurs options pour la balise, on se sépare car on choisit une autre option. On arrive avant eux sur le portage (niark niark !). Un petit portage des familles pour arriver en haut du sommet, on reprend 1 min notre souffle mais il faut enchainer et rouler vite car la barrière horaire s’annonce tendue à attraper. Sauf que c’est le VTT le moins roulant du raid, boueux et glissant à souhait, moi sans mes pédales je galère. 2 équipes filles nous rattrapent. Et vous assisterez là un tirage de bourre de meufs : 9 filles à pédaler le plus fort possible pour aller choper c’te barrière. Pour nous, l’objectif est simple : il faut que l’on arrive toutes ensembles. Il ne faut pas qu’elles aient la barrière horaire et pas nous, sinon c’est foutu. On pédale fort, franchement je le dis, j’avais un petit gout de sang dans la bouche (après 2 jours de raid, je me suis demandé d’où je pouvais encore sortir un effort comme ça). Une espèce de montée de l’espace pour nous achever. Certaines filles lancent des « ALLEZ LES FILLES, on se sort les doigts, on va la chercher !» on est toutes dans la même galère et au même point de fatigue. Il est 12h28 il reste 2 min, on pédale sur ce foutu GR un peu technique et pas très roulant… arrivée 12h31, personne n’a la barrière horaire… Je crache mes boyaux mais on est sauvées. On est toutes shuntées, on ne doit aller trouver que 4 balises sur 8 (et c’est pas plus mal !). Bref, on s’est mis une sacrée collante, mais pas le temps de se reposer (aujourd’hui le repos fallait oublier), transition express, on repart pour la CO avec les filles, il ne faut pas les lâcher. Ça commence à tirer, Estelle me dit qu’elle n’a plus de jus. Je lui dis que le titre est à moins d’une heure maintenant et que de l’énergie elle en a encore à revendre (Je suis vraiment en train de dire ça ? c’est super naze, mais je crois que je ne trouve pas mieux…je suis dans le rouge), on ne se pose plus de questions maintenant, mal, pas mal, on avance un peu machinalement. Juliette appuiera mes propos  « Axelle ? Estelle ?... Oui on est là  « alors on se magne maintenant ! ». Un dernier VTT descendant nous attend, va falloir se sortir les doigts, il ne faut pas qu’elles nous mettent plus qu’1/4 d’heure, car on pense que c’est la marge que nous avons avec elles (la fameuse balise n°1 de la CO d’hier). Attention à la mouuuuusse !!! On arrive !! Un single avec plein d’épingles nous attend, super beau, mais là pour le paysage on repassera. Estelle saute et remonte de son vélo comme un cabri, on lâche les freins, et on met la tête dans le guidon.

 

On franchit la ligne quelques 2 min après les filles… je crois qu’on l’a fait. Mais on n’est pas sûr à 100%. Mais je crois quand même qu’on l’a fait. On l’a fait ? On l’a fait. Fatigue et émotion pèsent tout à coup très lourd sur nos petites épaules. Je crois, il me semble, qu’on aura toutes les 3 les yeux un peu humides…

C’est sûr, on est allées le chercher ce titre.

Merci Juliette et Estelle pour l’aventure, les émotions, les encouragements, et d’avoir pu vivre ça. Merci, merci, merci du fond du cœur <3

 

Merci les Absolu pour ces tracés magnifiques, une organisation sans faille, un décor de rêve. Il doit bien y avoir dieu météo avec vous, avec ce temps magnifique qui nous a accompagné tout le WE. Oui, merci pour votre dévouement, car vous nous avez fait vivre quelque chose de magique.

 

Je crois que c’est un peu pour ça qu’on fait du raid ?! Ces petits moments volés, magiques et un peu hors du temps, remplis d’émotions et de sport. Ça rend vivant !

Et surtout, s’endormir devant la coupe du monde 2018.

 

 

 

 

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