122 heures - Le Raid Aran

22/07/2018

5 jours 2 heures 2 minutes

 

C’est une histoire de temps, de temps qui s’égrène d’abord à la vitesse grand V de nos VTTs sur les pistes, qui défile, puis du temps qui passe tant bien que mal et qui s’étire, lentement, sans que l’on puisse avoirde prise sur lui.

5 jours 2 heures 2 minutes

C’est l’histoire d’une épopée, celle du raid long, au cours de laquelle tout est remis à plat, de sa propre connaissance de soi au très matérialiste chrono.

5 jours 2 heures 2 minutes

C’est une histoire de progression, de Ballaguer à Girone, à travers les plus beaux coins de Catalogne, en flirtant avec le Val d’Aran et Andorre. Environ 600kms, environ 20000d+, du VTT, beaucoup, des treks, somptueux, du Kayak sans courantL, de la COtechnique, de la Via Ferratade la morquitu, de la Spéléo Oedipienne, du canyoning tranquille, si si vous avez bien lu, la seule section tranquille. https://www.relive.cc/view/1697617971

 

5 jours 2 heures 2 minutes

C’est une histoire d’apprentissage, sur soi-même on l’a dit, mais surtout sur notre propre relation aux autres, sur la vie ensemble, sur l’harmonie collective au détriment de la sensation individuelle. Car on a beau croire que l’on se connait, se confronter à ce type d’épreuve au cours de laquelle tu grimpes etredescends sans cesse, sans trop dormir ou manger sainement, te pousse à l’humilité, au fait de se confronter à des traits de caractère que l’on ne mesurait pas chez soi, ceci dans un contexte qui se conjugue au pluriel.

Un histoire d’apprentissage donc, physique évidemment, tant le corps est mis à rude épreuve, challengé sans cesse, je passe les culs de babouins ou de gueule cassée de la guerre 14-18, les intestins pas contents, les jambes cramoisies, les doigts, mains, orteils et pieds ampoulés, le dos qui grince ou encore les coups de soleil de raideurs au phénotype non sicilien. Apprentissage psychologique surtout, car les périodes d’euphorie et de détresse se succèdent sans prévenir, d’un coup d’un seul, avec une intensité telle que les maitriser demande un effort sur soi considérable. Apprentissage sensoriel enfin, entre notre horloge interne détraquée (6h de sommeil sur les 122h …), les sensations de chaud, de froid perturbées par la fatigue, les envies primitives de bouffe incompréhensibles (pourquoi j’ai eu envie de manger des biscottes en plein cagnard, je me le demande encore), la vue qui se ferme à mesure que les coups de pagaie impactent les plans d’eau sans courant, l’odorat qui ne réagit plus face à son propre corps couvert de sel, de sueur, de crasse, de sang, l’ouïe, enfin, qui croit percevoir des sons quand le silence est d’or.

 

5 jours 2 heures 2 minutes

C’est avec Juliette aka Cogito ergo sum spécialiste d’ondes buccale tonitruantes, François le preux chevalier à l’orientation éclair faiseur de bulles, Thomas d’Absolu Raid qui n’a eu de cesse de communiquer de façon véhémente avec son corps de jeune premier sur ce type d’effort, et mézigue, tracteur totalitariste qui s’essaie tant bien que mal à la bienveillance quand il s’agit d’une compétition, l’histoire de 4 potes qui se retrouvent sur la ligne de départ dimanche à 22h à Ballaguer après 48h sur place à faire le plein de carburant, de sommeil, et de préparatifs divers (fringues à prendre dans notre sac perso, prépa des sachets de bouffe pour chaque transition en fonction de la suivante, chiffrage du temps à mettre par section, portes horaires à décortiquer).

 

5 jours 2 heures 2 minutes

Pour être honnête, on va tenter de la jouer courte, car des récits de vacances ça peut être long et chiant, alors quand pendant tes vacances tu ne dors qu’1/20ème du temps, faut penser aux copains qui t’écoutent ou te lisent J. Pour être honnête, nous n’y sommes pas arrivés !

Voici l’enchainement des sections que nous avons réalisé, tout en orientation, et des highlights (ou pas) qui nous restent plusieurs jours après, la mémoire étant très sélective.

 

Section 1 : CO urbaine, 6kms, 150d+. Start :dimanche 22h

Cela fait déjà 2h que l’on nous a remis toutes les cartes du parcours, nous avons pris le temps d’étudier au mieux les choix d’itinéraire et n’avons pas pu tracer la totalité du raid. Il est déjà l’heure de s’élancer sous une chaleur écrasante. Départ rapide comme prévu et nous décidons de partir à l’envers de toutes les équipes avec lesquelles nous nous sommes retrouvés sur le premier poste. Résultat des courses, on tourne 10 minutes autour de la crypte avant que les organisateurs ne finissent par en ouvrir la porte J , seul véritable couac d’une organisation rodée. La fin de section se passe au mieux et nous enfourchons nos vélos direction les montagnes où il fera plus frais on l'espère !

 

Section 2 : VTT, 66kms, 1300d+. Start : dimanche 23h

RAS, si ce n’est une bonne vieille section bourrine comme le tracteur les aime, gros rythme, la technique on verra plus tard.

 

Section 3 : Canoé, 23kms. Start : lundi 3h30

La lune se reflète sur le fleuve, les frontales n’ont pas besoin de fonctionner, le silence est seulement perturbé par les pagaies qui remuent l’eau de façon cyclique. Moment magique d’intimité. François se retrouvera néanmoins très vite les fesses dans l’eau. Heureusement nous sommes au coude à coude avec les copains d’Absolu à ce moment là (François, Alex, Hélène et Florent) et il semble qu’ils aient le même problème. Merci pour le bon conseil, quand on ferme le bouchon sous le bateau (les bateaux sont à gonfler et dégonfler en début et fin de section), ça va beaucoup mieux J !

 

Section 4 :Trek, 22kms, 1600d+. Start :lundi 7h

Trail incroyable de par les paysages traversés, on grimpe avec mains courantes sur des rochers géants ressemblant à des mini montagnes toutes rondes, on court à flan de petites falaises sur des singles taillés dans la roche friable, on se faufile à travers les branchages et les broussailles. Fin de l’apéro, le raid ARAN a commencé, sauvage, technique et physique.

 

Une petite approximation en orientation nous fait faire le tour de l’affleurement rocheux, alors qu’il n’y a bien qu’un seul accès au sommet. Une dizaine de minutes de perdues et les copains d’Absolu avec. On les reverra sur la fin de la section pour la descente direction le canoë.

 

Section 5 : Canoé, 11kms. Start : lundi 14h

Chouette un canoé pas long (Etienne dans le texte). Toujours pas une once de courant mais un petit vent de dos salvateur pour notre canoé dont le flanc gauche se dégonfle petit à petit. On arrivera avec Thomas à la manœuvre à l’arrière just on time pour éviter de s’arrêter regonfler le bordel sur le bord du lac.

 

Section 6 : VTT (CHANTIER) - CO au score (CHANTIER de 6h, 2/3 des balises récupérées pour cette CO annoncée à 30kms et 1000d+) - VTT (CHANTIER AGAIN pour un total de 58kms, 3200d+). Start : lundi 16h

Popopopo … coucou les grosses sections bien épaisses, nous voici. Le rapport d+ sur nombre de bornes nous avait semblé « engagé » … et bien nous n’avons pas été déçus. Tel un flipper matraqué par un pilier de bar, on a fait tilt, sous l’effet conjugué de la chaleur et du deniv. Une source d’eau au niveau d’un refuge nous sauvera la mise et permettra de rendre malgré tout une belle copie sur ce tracé où nous en prenons encore plein les mirettes.

 

C’est cependant bien entamés que nous débutons la CO au score, qui se révèlera à posteriori comme étant le moment du raid où la stratégie adoptée pouvait être cruciale. 12 balises à prendre, 1h de pénalité / balise manquée, pénalité à prendre à la transition suivante. 2 choix simples : en faire le maximum, comme ça pas de pénalité, ou en faire peu, mais rentrer vite à la transition et transformer les heures de pénalité en heures de recup et sommeil. A ce jeu, nous avons joué, pris 8 balises sur 12, tenté de dormir 3-4h en arrivant (ça a été plutôt 2), ce qui de prime abord nous a considérablement placé dans le match (nous sommes 5 ou 6èmes au départ de la section 7), mais qui nous aura valu de trainer beaucoup de fatigue et de bobos par la suite … Mais cela on ne s’en rendra compte que plus tard, nous finissons la CO défaits (surtout Thomas et moi), devons reprendre nos VTTs pour une belle descente à fond les ballons avant de ré-enquiller un 500d+ jusqu’à l’aire de transition. L’hypo est là pour Thomas, nous sommes cramés, tout le monde, la 1ère pause dodo liée aux 4h de pénalité pour les 4 balises laissées à la CO, est salvatrice. Il est 5h du mat mardi, on ne peut récupérer notre matos avant d’avoir purgé la pénalité, donc on dort après avoir acheté un petitsandwichimprobablepan con tomate + saucisse, à même le sol … 1h30 à 2h seulement, car comme indiqué plus haut notre 1ère journée et notre CO au score nous placent parmi les 6 premiers … Un peu euphoriques, nous voulons surfer là-dessus.

Le gros highlight de la CO est d’avoir réussi l’exploit authentique de flirter avec une harmonie collective parfaite… ceci en nous arrêtant tous les 4 en même temps, on peut le dire, « chier dans les bois ». Il faisait nuit noire lors de la CO, nous étions évidemment à 4 coins relativement distants, mais avec les 4 frontales « accroupies », c’était assez burlesque.

 

Section 7 : Trekking - Via Ferrata,33kms, 2600d+. Start : mardi 9h

On repart sur le trekking avec l’équipe FMR de Chiara, bien plus chevronnée que nous, témoignant de cette 1ère journée où nous nous sommes donnés sûrement plus que de raison. Le départ se fera ensemble, mais des soucis de nausée pour Juju, et d’intestin pour Thomas feront que nous ne pourrons suivre le rythme, et que ce trek se fera en mode trek, sans travail de technique de la foulée vu à l’entrainement cette année. 1ère partie à jongler en haut de 3-4 cimes très découpés, pas besoin de cordes, mais faut clairement s’aider des mains, la vue est magique. La redescente infernale en mode gravillons glissants forever.

 

La suite est longue, la chaleur bien présente, mais nous arrivons 2h avant la barrière horaire au niveau de la via ferrata, très engagée techniquement, où les organisateurs, plutôt cachés que présents et prêts à intervenir en cas de pépin, auraient dû imposer le port d’une longe supplémentaire en plus de celle de via. Je me revois dire aux copains, allez-y, je ferme la marche, je suis à l’aise … euh …. Comment dire. La via de Gavarnie c’est du format XXXXS enfantine à côté du chantier espagnol. Une 1ère via avec balise au 2/3, longue, impressionnante de par le vide, pas évidente mais faisable techniquement. Une 2nde via soi-disant + courte mais + difficile, avec des devers … Je tiens à remercier ici François d’Absolu Raid et Florent (Raid Nature 46 qui est venu à 2-3 entrainements cette année), qui nous ont rattrapé à ce moment-là avec leur équipe, pour nous avoir permis à François et moi de passer l’obstacle au niveau duquel nous étions bloqués. Bras tétanisés, angoisse d’un matériel pas adapté, vide derrière soi, hyperventilation … Merci à eux pour le prêt d’une longe, et pour le réconfort et soutien, ça aide quand tu vois ta vie qui défile. C’est ça l’esprit raid aussi … Nous ne nous attendions pas à cela, c’est vidés que nous repartons, énervés aussi vis-à-vis des organisateurs très légers sur la sécurité du site.

Besoin de recharger les batteries donc, nous arrivons à la transition sans rien avoir préparé du type qui fait quoi qui s’occupe de quoi. Besoin de souffler, de manger, de se poser, nous sommes hermétiques à la vue des autres équipes concurrentes qui vont enchainer. Besoin d’un petit dodo aussi, allez ne tardons pas, le réveil sonne dans 1h.

 

Section 8 : VTT 108 kms 4600d+ - Spéléo- CO 8kms. Start : mercredi 2h.

Les chiffres parlent non ? Une montée interminable de nuit, un lever de soleil sur les hauteurs, surplombant un canyon bien joli, une descente grisante qui nous réveille bien, pour arriver à une section de spéléologie, ressemblant plus à comment se faufiler dans des tuyaux adaptés pour des personnes de moins de 1m50 qu’à la magnificence du gouffre de Padirac. On se tortille, on rampe dans la boue, on s’extrait comme on peut de certains boyaux. C’est rare je crois dans une vie d’expérimenter consciemment sa propre naissance. Maman, j’ai compris beaucoup de choses ce matin J.  On enchaine par une CO bien technique où François nous fera un festival, chapeau. Et où Thomas aura su corriger la seule petite défaillance de Père François. C’est beau ce binôme. Pour ma part, je suis responsable du tracker … laissé près du vélo alors que nous en sommes aux balises 3 ou 4. Quel débile, toujours garder son sac sur soi … je trouve l’énergie du désespoir pour courir comme jamais la récupérer … 20min égarées en cours, de l’énergie physique et mentale aussi …

 

On reprend ensuite nos VTT, la chaleur est étouffante, mais la carte indique que nous traversons dans pas trop longtemps un bled. Ce n’est pas un mirage c’est une ville, il est 14h peut être, je ne sais plus, il y a un rade ouvert, c’est l’euphorie : 3 cocas 1 pinte de bière 1 tortilla géante, des calamars fris, du pan con tomate et du serrano. Les zygomatiques sont excités comme jamais, on avale ça, euphoriques, et on se paie même le luxe du combo fatal magnum - café. Dodo 10 min à même le trottoir, devant un groupe de 8 cyclistes hollandais atterrés par la vision de ces fantômes sortant de nulle part.

 

Et on repart, 2 très longues montées éprouvantes, une dernière descente à même le pré, c’est ludique un peu, technique beaucoup, Juju et moi restons très prudents. Arrivés à la transition à 22h, après 20h d’efforts. On s’organise un peu mieux cette fois, François et Tom font l’effort de tracer les dernières cartes jusqu’à la fin du raid, pendant que nous gérons les vélos, la bouffe et l’eau. Dodo 1h30, c’est Byzance et c’est reparti, 2h30 après les 2 équipes des copains d’Absolu Raid, 30min, après l’équipe R’adys Team Switzerland.

 

Section 9 :Trek 30kms2600d+. Start : jeudi 1h.

C’est remontés comme des pendules que nous entamons ce trek avec un début d’ascension éclair. Très vite nous apercevons les lumières de l’équipe R’adys partie devant nous. Une petite gaufre sur la route, une pause pour se ravitailler et s’habiller plus chaudement avant de terminer la montée vers le point culminant de ce Raid ARAN à 2910m, le Puigmal. Le passage sur la crête frontière entre 6h et 8h du matin est magique, la lumière est magnifique mais le vent souffle fort et le soleil, lancé dans une partie de cache-cache avec les montagnes et les nuages, tarde à nous réchauffer. C’est un moment compliqué de gestion d’équipe, Thomas insiste pour manger un bout mais nous ne trouvons nulle part où nous abriter. Et pour nous 3, il ne paraît pas raisonnable de s’arrêter dans ces conditions, le froid nous poussant à continuer encore et encore, sans que l’on prenne la peine d’écouter le désarroi de Thomas qui doit lutter contre la faim, le froid et la fatigue. Finalement nous nous arrêtons quelques minutes à un endroit un petit peu moins exposé, les R’adys que nous avions rattrapé, nous fausse à nouveau compagnie. Mais on aperçoit au loin l’équipe Absolu de Jérôme Cadilhac et nous revenons sur eux juste avant d’attaquer la longue descente vers la transition.

 

Ce trek est interminable, nous jouons au chat et à la souris avec l’équipe R’adys en longeant un magnifique canyon. C’est ensemble que nous arrivons à la transition.

 

Section 10 :Canyoning- VTT 84kms 2100d+. Start : jeudi 16h.

Nous arrivons après un petit vélo de transition qui nous fera malencontreusement naviguer dans un champ fraichement travaillé (et peu roulant pour les VTTs) débouchant sur une impasse nous forçant à faire ½ tour, au début de la section canyon. Ceci 2-3 heures avant la barrière horaire, nous sommes larges. Mais ça y est, nous commençons à croiser des équipes qui n’ont pu faire le trek précédent en temps et en heure, et qui se retrouvent à finir le raid en mode « option courte, mais gratinée quand même ». Canyon peu rafraichissant, mais sympa avec 10 rappels dont 2-3 cossus, dans lequel la grosse difficulté finalement sera de ressortir de là, en combi, crevants de chaud, à escalader des rochers avec des mains courantes posées à l’emporte-pièce.

Nous repartons à VTT en même temps que les Absolus que nous avions doublé au trek, et que l’équipe R’adys. Celle-ci crève en partant, nous ne les reverrons plus. Car il était dit que des évènements extérieurs perturberaient un peu le Raid … Gros portage VTT pour commencer, ça fait plaisir, puis jeu du chat et de la souris avec l’équipe d’Absolu, en mode on se perd suite à des choix d’orientation, puis on se retrouve suite à des arrêts mécaniques ou autre. Arrivés dans une ville qui contient beaucoup de routes interdites, nous semons nos amis, et quittons la ville vers … l’enfer …. Car se dressent devant nous des nuages d’un noir « noir » au travers desquels seul Pierre Soulages y verrait de la lumière. On va se prendre un grain sur la tronche, ce n’est pas possible autrement, Tom et François ont les yeux rivés sur la carte, ils ne les remarquent à peine, nous longeons une autoroute, attaquons un bois, et c’est l’apocalypse qui s’abat sur nos têtes. François les bons tuyaux préconise de s’arrêter sous un arbre … ok chef, mais comment dire, primo tes feuilles elles ne nous protègent pas, et deusio, ça dure ce gros grain. Demi-tour vers l’autoroute, nous nous arrêtons trempés sous le pont de celle-ci, des trombes d’eau ruissellent de part et d’autre, nous nous déshabillons, tentons de nous sécher, mais avons froid, déplions les couvertures de survie, et tentons de dormir à même les pierres et les cailloux en attendant que ça se calme. Sous un pont d’autoroute donc. Y a des endroits plus glamour, mais en ces temps de migration de population, on expérimente le calvaire que cela peut être. C’est de la survie à ce niveau, le sommeil l’emporte évidemment, mais transis de froid nous nous réveillons 1h après et repartons tant bien que mal, sous une pluie devenue fine désormais. La gestion de ce moment aura été malgré tout correcte, l’équipe R’adys, à titre d’exemple, aura décidé de rouler sous le déluge, et, épuisée, anéantie par les stigmates causés sur le corps frigorifié et le cerveau en berne de motivation, s’arrêtera dormir plusieurs heures à la transition suivante, ce qui fait que nous ne les avons plus revu.

On se réchauffe relativement vite sur nos vélos, tiens les cailloux laissent la place à de la boue désormais, les entrainements dans les coteaux auront finalement été un peu utiles. Parcours peu intéressant par la suite, les montagnes sont derrières nous désormais, place à de l’urbain, ce n’est pas très stimulant, mais cela nous permet de dévaliser une station-service ouverte alors qu’il est 2-3h du mat. Un chocolat chaud, des empanadas au dorritos, des prince, tout y passe, sous les yeux médusés de la taulière. Arrivés à la transition, Ju et moi nous payons le luxe d’un rinçage à la douche (sans savon faut pas déconner), dodo de 15min car l’équipe Absolu repart bientôt, mais la fatigue l’emporte, nous n’entendons pas le réveil, et c’est en sursaut 30 min après que nous nous levons et partons à l’assaut du redouté long canoé qui inaugurera cette dernière journée.

 

Section 11 : Canoé 36kms avec portage central de 2kms pour lequel nous avons gardé les longes de canyon. Start : vendredi 6h.

A priori c’est le dernier jour, et ce sera notre leitmotiv pour avancer sans trop s’arrêter, ni reposer un peu plus nos corps affaiblis. L’avantage du raid en pleine nature, c’est que tu ne rencontres pas trop de glace pour pouvoir admirer ta tronche de mort-vivant, tes joues creuses, tes cernes noires et bien marquées. On avance donc. Début du canoé dans la vase, c’est moche, le cours d’eau ressemble à une poubelle géante, c’est triste de voir cela. Puis petit à petit, à mesure que mes yeux se ferment, que ma nuque s’incline, que mes pagaies ne touchent plus l’eau, nous débouchons sur des paysages à nouveau somptueux, une eau limpide, turquoise, et de la végétation alentour qui se jette dans le fleuve. Pas une âme qui vive dans ce coin de paradis. Thomas me réveille de façon régulière car le mental flanche, on se raconte nos vies pour passer le temps, des questions personnelles sur lesquelles la conversation prend, ou des questions futiles pour éviter de s’endormir type « c’est quoi ton parfum de glace préféré ? Tu préfères le théâtre ou le cinéma » … euh en vrai c’est plutôt « tu préfères vomir quand tu rigoles OU péter constamment en présence du sexe opposé », voire « tu préfères voir tes parents sur YouPorn OU être puceau toute ta vie ».

C’est long cette section, le portage central ressemblant plus à un calvaire qu’à une distraction. Mais l’esprit et le mental sont quand même des boites de pandore recelant 1000 secrets. Au détour d’un méandre, nous observons 2 canoés sur le côté, arrêtés pour un petit somme des familles. L’équipe Absolu probablement … motivés comme jamais, nous longeons les 2 canoés, et produisons un effort physique jamais produit depuis le départ. C’est dur, mais c’est au mental que nous finissons cette section, Thomas à l’horizontale sur le canoé pour empêcher son nez de saigner d’avantage, et hurlant à François et Ju attachés derrière nous de lui indiquer la direction (folklo cette séquence, on vous la mimera), mais au final heureux d’avoir creusé l’écart sur cette équipe là … qui se révèlera être, nous l’apprenons à la transition, une équipe « shuntée » sur l’option courte pour rentrer à Girone. Les absolus sont devant…. JE DETESTE LE CANOE.

 

Section 12 : VTT58kms 1700d+. Start : vendredi 12h.

Père François avait annoncé suite au précédent VTT : « cela va être sûrement relativement urbain jusqu’à l’arrivée, certainement un VTT qui sera comme le tout 1er, roulant, rapide, de transition vers l’arrivée ». MON C… DE BABOUIN défoncé par une semaine de raid oui. Ne jamais écouter les prédictions d’un prêtre qui a l’air sympa et à qui l’on donnerait l’accès au Bon Dieu sans confession. Un véritable final en apothéose de ce que nous avons vécu cette semaine, le bouquet final. 3 grosses montées en plein cagnard, dont 2 à jongler parmi les cailloux, une orientation très délicate à gérer alors que nos yeux voient les cartes en double. Des descentes techniques dans les gros cailloux alors que la route est à côté et n’est pas interdite, une erreur d’orientation qui nous vaut du portage dans les ronces, un single VTT le long d’un canyon très technique de par les rochers et travers présents tous les 50m. C’est long, fastidieux, nous n’en voyons pas le bout, la crise de nerf est là pour notre Juju, qui comme tout le monde, n’a plus la force et la lucidité de passer ces obstacles parfois trop techniques. Thomas est à l’aise lui, tente de motiver les troupes, de gérer la carte car Père François est tout blanc et complètement mâché (sûrement d’avoir rencontré Dieu). J’essaie de concilier les choses, mais Juju ne s’en sort pas, François n’a plus les mots, je suis un mauvais exemple car la moindre approximation de Thomas à l’orientation, et je bougonne sans retenue. C’est dur, très dur, l’équipe n’est plus là, l’orchestre implose, nous sommes 4 solistes qui n’ont qu’une seule envie, percevoir enfin cette arrivée qui nous semblait bien plus accessible. 2 balises encore, on jardine mais on avance. Plus qu’une. L’arrivée enfin. Même pas la force de sourire et nous féliciter, car il reste une section, petite certes, mais une quand même.

 

Section 13 : CO urbaine 3kms. Start : vendredi 22h30.

Ce sera une MO (marche d’orientation) pour finir, l’absence de traitement des pieds pour Thomas entre le dernier canoé et le VTT ayant raison de sa locomotion. Il boîte bas notre ami, très bas, mais arbore fièrement avec François un drapeau de l’association que nous soutenons dans ces beaux projets sportifs « Vaincre la Mucoviscidose ». Car ce n’est pas compliqué cette partie niveau orientation, Juju et moi sommes à la baguette, et une bonne vieille engueulade pour commencer, la bienveillance étant rangée bien loin dans nos cortex. Juju a besoin d’orienter la carte, moi je ne sais pas faire et j’arrive à me débrouiller comme ça quand il s’agit de CO urbaine. Ça clashe, j’ai des mots durs qui sortent, je ne m’en veux même pas sur le coup, puis m’excuserai un peu plus tard, car ça ne peut finir comme cela cette semaine de vie commune. On déambule dans la jolie vieille ville, sous le regard d’espagnols attablés à cette heure-là, se demandant ce que font ces 4 énergumènes aux visages émaciés, frontales allumés, à regarder une carte, faire virevolter un drapeau, claudiquer tels des rescapés de je ne sais quel enfer. Petit sprint final pour tenter d’arriver avant samedi. Il est minuit et 2 minutes quand nous insérons nos doigts électroniques dans les boitiers de contrôle. Cela fait 5 jours 2 heures 2 minutes que nous sommes partis, nous arrivons enfin, 1h après l’équipe Absolu après laquelle nous courions, plusieurs heures après les vainqueurs, et la team FMR de Chiara qui fait un très joli podium, quelques heures après l’autre équipe Absolu d’Alex François, Hélène et Flo qui ont fait une magnifique deuxième partie de semaine, chapeau. Nous nous serrons enfin dans les bras, nous remercions, nous asseyons de longues minutes à savourer dans l’herbe, dormons un peu, nous douchons pour de vrai (bonheur simple de la vie), rangeons nos affaires pour aller dormir dans un gymnase prévu pour cela.

Section du samedi dimanche, pendant que tous les copains s’éclatent aux Angles.

C’est heureux de ce que nous avons réussi à produire malgré pas mal de bobos que nous « surfons » à la vitesse de l’escargot myopathe sur cette journée du samedi. Petit dej McMorning, mais manger c’est fatiguant donc faut dormir un peu après quand même. Puis le dodo qui suit et qui dure 1h ou 2, ça creuse, donc faut manger un bout après. Mais manger ça fatigue …. Incroyable cercle vertueux du corps qui reprend le dessus et n’écoute que ses besoins primaires : dormir et manger.

Le soir c’est cérémonie de clôture, indigne d’une finale européenne. Les 2 premières équipes sont arrivées avec 12 minutes d’écart … imaginez sur 5 jours … Réclamation des seconds qui auraient pu entrevoir la victoire, les 1ers ayant perdus un doigt électronique, ce qui coute 2h de pénalité dans la réglementation internationale. Mais là ce sont les Europe … donc appel rejeté seulement 5min avant le podium. C’est un gros pataquès ce podium, beaucoup de frustrations des seconds déçus qui prennent la parole et fustigent cet épilogue … en anglais, devant l’organisateur qui ne parle que catalan … Des sifflets se font entendre, des mains qui ne se serrent pas entre les 1ers et les 2nds, moche tout ça. Les vainqueurs, estoniens, empochent une inscription à la finale mondiale à la Réunion, qui coute la bagatelle de 5000 euros, on peut comprendrela frustration sûrement, nous ça nous passe au-dessus pour être honnête. Lot de l’équipe la plus fair-play aux copains d’Absolu qui nous ont vraiment aidé dans la Via … Mérité oui selon nous, même si ironie de l’histoire, ils ont réclamé (mais pas obtenu) un dédommagement en temps pour avoir été coincé 30 min derrière nous lors de cette via. L’esprit raid se dilue quand même souvent quand il s’agit de compétition.

En ce qui nous concerne, si on nous avait dit 6 jours avant que nous réussirions la « full race » en faisant 9èmes, à environ 27h des 1ers (ce qui mesure notre progression depuis le RIF, ce Raid Aran étant de surcroit plus dense en terme de niveau des équipes présentes), nous aurions signé directement. Nous sommes heureux donc, bouclons nos affaires, dormons à nouveau dans le gymnase pour prendre la route dimanche matin, route courte, 3h seulement, mais nécessitant 3 arrêts pour changer de conducteur, car tout le monde veut continuer à dormir.

 

5 jours 2 heures 2 minutes

C’est le récit finalement sûrement trop long de notre Raid Aran. C’est une tranche finalement courte de 122h qui a le mérite de te faire murir et grandir d’un coup. Une épopée au cours de laquelle tu passes par toutes les phases, de la détresse à la douleur et la tristesse en passant par la joie de vivre un rêve éveillé, l’euphorie d’être au contact des sens et de la nature, et le plaisir de pouvoir partager cela. Un message de solidarité, de fraternité, d’amour presque, car sans l’autre, tu ne peux avancer. 

 

5 jours 2 heures 2 minutes

C’est un magnifique condensé de ce que la vie est prête à t’offrir, sous réserve d’avoir le courage de vouloir l’affronter. Pour nous c’était déjà décidé, mais c’est gonflé de motivation, d’ambition aussi peut être, que nous nous confronterons une nouvelle fois à nous-mêmes lors de la finale des championnats du monde à la Réunion en Novembre. Mais d’ici là, fais dodo mon petit, que le rêve prenne forme.

 

==> Si vous voulez en savoir plus sur la team TUC Tri Absolu Raid et la cause qu'elle défend au travers de ses courses <==

 

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