Objectif Half Altriman

13/07/2018

Ce week-end c'était le Half Altriman. Il y a deux ans pour mon premier L, cette course m'avait fait très mal, c'était long c'était violent c'était brûlant et surtout il y avait une course à pied incroyablement horrible. J'avais quand même fini aux alentours de la première moitié du classement, ce qui était assez honnête.

Alors quand les GO du club annoncent qu'on retourne à Matemale pour la sortie club 2018, je me suis dit "toi je vais pas te rater". Sur la base de mon vécu, de mon amélioration dans les trois sports ces derniers temps et de la première expérience de cette course, je me dis que franchement si j'arrive à faire sub6 heures ça serait vachement bien !

 

Bon, arrivé en mars on apprend que le parcours a été légèrement changé : ce n'est plus 90km avec 1900D+ mais 100km avec 2500+ (2400D+ réel testé sur le terrain). La parcours est presque identique, mis à part "un petit rebond" sur la première partie du deuxième col mais qui ne change pas le dénivelée, et surtout un gros bout du port de Pailhères qui monte de Mijanès à la station de ski. C'est un bien grand mot, disons la cabane au pied des deux tire-fesses. C'est ce petit bout là qui rajoute le dénivelée et les km manquant, si tant est qu'on puisse dire que les km manquent sur ce genre d'épreuve. L'ambition de 6h ne tient plus trop, mais je pense pouvoir faire un peu mieux que mes 6h48 de 2016 sur un parcours plus exigeant.

Pendant les quelques mois de prépa, je fais mon petit bonhomme de chemin. Je ne peux pas me rendre avec le club mi avril à Ténérife pour le stage car on déjà en vacances pour un mariage en Espagne (dure la vie !). Je fais quand même quelques sorties là bas. Mention spéciale à une sortie inoubliable sous la neige pour monter à 2500m à la Sierra Nevada depuis Grenade habillé en court (ce qui m'a valu quelques regards interro-dubitatifs), avec une descente où j'ai cru mourir de froid plusieurs fois, et une autre sortie bien plus ensoleillée pour aller voir le village de Ronda et son pont au-dessus de 500m de vide. Je fais beaucoup de sorties assez longues, autant de montagne que possible, et je sens que je progresse un peu, sans me sentir non plus extraordinairement en forme sur avril et mai. Ca s'est ressenti notamment sur les sorties montagne au stage en Ariège à l'Ascension, mais je pense que c'est du notamment à une grosse charge d'entraînement. Je me rassure au mois de juin avec notamment une sortie avec Stéf qui prépare le full où j'explose mes temps sur les trois cols qu'on fait : la fatigue est en train de se résorber et les jambes sont bonnes.
A pied la question est un peu différente. J'ai des rechutes régulières sur ma contracture au mollet et je dois m'arrêter de courir un mois autour de Noël, puis encore presque un mois entre mars et avril. Cependant je finis par comprendre ce que je dois faire pour soigner la blessure et au fur et à mesure je la sens de moins en moins ! Je n'aurai donc pas forcément l'entraînement adéquat mais j'aurai trois mois d'entraînement continu à pied pour appréhender le gros morceau qui m'attend et qui me fait peur !
En natation, je n'ai pas d'inquiétude particulière, j'ai fait un gros progrès en technique cette année et j'ai aussi beaucoup nagé ce qui me permet d'être sûr de sortir bien sans trop m'employer.

Tous les voyants sont au vert la semaine précédent le Half : j'ai fait une belle course sur l'Ariégeoise malgré une grosse hypo dans Beille. Je choisirai donc d'emmener dans mon maillot sur la course à peu près un semi remorque de barres et de pom'potes. Je me force à ne pas en faire trop pendant la semaine pour arriver frais. Tout ce que j'ai lu sur la prépa des objectifs dit qu'il ne faut pas nécessairement diminuer la fréquence des entraînements, mais leur durée tout en gardant une partie à intensité course pour que les muscles gardent en mémoire ce qu'ils ont à faire. Je fais donc 4 fois 30min dans la semaine avant de partir.

On est un paquet du TUC ! C'est extraordinaire en haut du col de Creu d'avoir 15 ou 20 copains qui gueulent pour nous encourager ! On est logé dans une espèce de centre de voyage scolaire, un bâtiment pour classes vertes. Les cuistots n'ont vraisemblablement pas compris qu'ils n'avaient pas 25 gamins de 10 ans à nourrir mais 60 personnes qui ont besoin de leurs 4000kcal par jour et leur famille. Le premier soir on a droit à peu près 50g de pâtes par personne et quand on demande un peu de rab' il arrive sous le manteau ("et le dites pas surtout" nous dit le serveur qui nous en apporte). Du coup tout le monde mange les provisions prévues pour la course ^^.

Arrive enfin samedi et le départ. Mon appréhension des derniers temps où je réfléchissais beaucoup à ma gestion de course s'est effacée et je suis assez calme. Voici ce que j'ai prévu :
Pour la natation, je compte la faire volontairement un peu en dedans : on est en altitude à 1500m et je ne veux pas être sous oxygéné pour le début du vélo, je vais donc mettre assez peu de jambes pour ne pas bouffer tout mon oxygène pour rien, essayer de choper la vague de quelqu'un si possible. 
A vélo, évidemment faire les cols au train, assez haut en fréquence cardiaque, mais un peu moins sur le dernier (col des Hares, juste après Pailhères). Idem sur les descentes et les (quelques) km de plat vallonné : maximum de récup en descente et fréquence cardiaque moyenne sur le plat pour rentrer au parc à vélo, car ça sera le moment de se projeter sur la course à pied !


Pour la càp, je n'ai pas beaucoup d'illusions sur les nombre d'options que mes jambes me laisseront une fois le vélo posé. Je veux néanmoins pouvoir faire les premier 6km de plat à une allure honnête avant de faire la montée à la station comme je peux, au besoin en alternant marche et course. De là, A/R au lac de Balcère (descente puis montée dans les deux sens) en courant en descente et en faisant comme je peux en montée. Puis retour au lac et à la ligne d'arrivée avec une grosse descente et un petit faux plat descendant légèrement vallonné à la fin où je vais donner ce qui reste !

On descend du village des Angles vers la mer de brouillard qui s'est posée sur le lac, c'est un dernier moment magique avant le départ, le soleil levant dans le nez à glisser le long de la route sur les vélos. Le départ est décalé de 30 minutes pour permettre au brouillard de se lever ce qu'il fera exactement 3 minutes avant le départ.

 

La natation se passe comme prévue, deux gros paquets se forment au départ des deux côtés de la plage et je suis en pointe sur mon côté qui a moins de monde. Je suis content d'avoir choisi ce côté parce que je n'ai pas besoin de sprinter sur le départ pour faire ma place ce qui est généralement très violent et peu agréable. J'essaye de prendre une vague, mais le mec nage selon moi absolument n'importe comment et zigzague beaucoup trop... Est-ce qu'il vaut mieux moins se fatiguer en zigzaguant ou plus se fatiguer en ligne droite ? J'opte pour la deuxième option ! Idem sur le retour, on se retrouve à deux avec un mec qui va légèrement plus vite que moi, mais il fait aussi n'importe quoi. Il est vrai que l'oriflamme qui indique la sortie du lac est assez lointaine, donc il y a une part de dire d'expert là dedans. Je fais cependant mon rythme et comme habituellement pour moi je ne bénéficie d'aucune vague, tant pis. Je sors 9è de l'eau et les copains à la sortie de l'eau donnent de la voix c'est super ! J'arrive au parc au moment où Thomas en sort avec son vélo. Je me doutais qu'il serait déjà là, il a assez peu d'avance (une grosse minute) et je pense pouvoir faire mon retard sur le vélo.

 



Je remplis mes poches arrières de provision en mode hamster (pas d'hypo !), je mets mon casque et je pars. Comme d'habitude, je monte sur mon vélo un peu n'importe comment, et je laisserai mes chaussures à moitié défaites pendant tout le vélo (que de watts de perdus n'est-ce pas). Je pars sur le doublon col de Matemale col de la Llose qui ne sont pas très difficiles ni longs mais qui peuvent casser les pattes en début de vélo si on ne fait pas gaffe. Ca se passe relativement bien, voire très bien. Un mec me double pas très vite, un autre passe comme une fusée (j'ai nommé Hugo Charton, meilleur temps vélo, il me met 18 minutes sur le parcours). Celui qui me double pas très vite jouera un peu au chat et à la souris avec moi sur les deux premiers cols avant que je le lâche en descente et que je ne le revoie plus #c'estpasunsprint. J'ai Thomas en ligne de mire dès qu'on a un peu de visibilité. Parfois j'ai l'impression de me rapprocher, parfois pas... Je fais une belle descente (malgré un virage un peu serré où j'ai regardé le ravin d'assez près : je garderai à l'esprit qu'il ne faut pas trop rester sur le prolongateur en descente...) et on entame le col de Creu ensuite. Personne ne me reprend et je me dis que c'est une bonne nouvelle, si ça tient je vais pouvoir poser le vélo à une bonne place ! La route est encore longue alors pas d'enthousiasme mal placé... je reste en tout cas confiant sur le fait que mes freins ne sont pas serrés aujourd'hui. On finit le col de Creu par le moment Tour de France au milieu des supporters qui met du baume au coeur, tout comme de savoir qu'on arrive sur une portion de 25km de descente et de plat. Grâce à mes qualités de pilote (ou pas), je reprends Thomas sur un petit rebond à l'entrée de la très longue descente vers Carcanières.On ne se quittera plus jusqu'à la fin du vélo, quelques relais sur la descente, puis je monte Carcanières un peu plus vite, alors qu'il ira plus vite dans les deux derniers cols et que je repasserai devant à quelques kilomètres de l'arrivée vélo (et que je poserai le vélo 2 secondes avant lui !) D'ailleurs heureusement pour lui qu'on était ensemble, je l'entends gueuler "c'est à droite" à un moment alors que je sais pertinemment qu'on ne monte pas à droite mais à gauche ^^. Arrivés au pied de Carcanières, le money time du parcours commence avec trois gros morceaux qui se présentent à nous. Ce n'est d'ailleurs plus vraiment un Money Time mais un Money Eternity. J'ai décidé de faire l'effort sur les deux premiers, un peu moins sur le dernier. On a même le droit à la séance photo privée dans Carcanières avec le photographe de la course qui reste à côté de nous une ou deux minutes, trop cool ! Enfin on en reparlera quand je verrai sur les photos la gueule que je tire dans les passages à 15%. On redescend quelques kilomètres après Carcanières avant de remonter vers Mijanès et la station de tire-fesses. En plus d'être le gros morceau de la journée, c'est aussi un moment important vis-à-vis du positionnement car c'est un aller retour : on va voir les premiers redescendre s'ils ne sont pas trop loin et on verra nos poursuivants en redescendant à notre tour. Je démarre la montée juste dans la roue de Thomas qui va s'éloigner au fur et à mesure et me met une petite minute dans la vue. C'est aussi la seule montée que je ne connais pas donc j'attends avec impatience de voir le fameux chalet de la station de ski.
Je vois pas mal de monde passer en descente, mais je pense que quelques cyclistes ne sont pas dans la course, ça ne correspond pas à la 10è place où je me situe. Thomas redescend et me crie qu'on y est presque. Sur le retour, beaucoup de monde à nos trousses ! C'est d'autant plus impressionnant qu'avec la vitesse réduite les distances entre les coureurs sont très faibles. Je vois beaucoup de gens du club mais difficile de savoir qui est qui quand on se concentre sur le pilotage, je passe donc mon temps à gueuler "aller super !" quand je croise un maillot jaune et noir. De retour au village j'évite un accident de près quand un coureur qui s'arrête au ravito me passe devant le nez alors que je suis à 50 à l'heure... Et après cet aller retour, je repars pour un moment en solo, et comme je ne vois plus Thomas je suis tout seul pour la première fois depuis un bon bout de temps. D'ailleurs je manque de me planter de direction à une intersection et je perds bêtement 15 secondes à m'arrêter et repartir. Le col des Hares qui n'est pas le plus dur de la journée prend en tout cas sa taxe de passage car les jambes commencent à fatiguer. Je ralentis un peu le rythme (même si c'est plutôt le rythme qui me ralentit moi). Un coureur me reprend en haut pour la première fois depuis bien longtemps. C'est un espagnol qui me demande si j'ai de la "water in excess". Mes deux bidons ont peut-être trois gorgées restantes à eux deux donc non désolé mec ! Ca sent l'écurie, il reste 10 bornes de faux plat montant et descendant. Je limite ma fréquence cardiaque et j'essaye de rester le plus aéro possible sur mon prolongateur. Je reprends Thomas à 1 ou 2km de la ligne et on finit ensemble alors que deux autres coureurs m'ont repris.
Je pose le vélo 13è ! 

 

 



Transition compliquée, au moment où je m'accroupis pour mettre mes chaussettes je me tape une grosse crampe à la cuisse : va falloir s'hydrater sévère. J'avais de toute façon décidé de m'arrêter à chaque ravito, ça me conforte dans mon idée. Je pars au plus vite et les jambes se mettent gentiment en route. Je suis même plutôt satisfait des 6 premiers kilomètre qui passent à 12,5km/h puis à 12km/h sur le début du faux plat montant. C'est là que les choses sérieuses commencent, c'est pour ça que je me suis entraîné. Arrivé sur les premières pentes un peu plus dures je marche un peu et j'alterne marche et course. A ce moment là, j'ai perdu Thomas et j'ai été rattrapé par Marc et Loïc en mode fusées (plus quelques autres). Le mode gestion est en route, peut-être un peu trop, mais j'ai un peu mal aux cuissots. en 2016, j'avais mis 2h25, donc sur mon plan de course j'ai tapé sur 2h, c'est l'objectif à tenir et je me soucie assez peu des autres. Je monte à la station en continuant à alterner. Je m'étais dit 50 pas en marchant 50 en courant mais je pense que le ratio est un peu déséquilibré en faveur de la marche... En haut arrive l'aller retour au lac de Balcère, je recours en descente. Je sais que du monde est à mes trousses mais aussi que ça va être dur de garder les écarts !  Au retour du lac, on redescend sur le lac puis c'est faux plat descendant jusqu'à la ligne. En bas de la grosse côte le mental flanche un peu : j'ai des crampes aux mollets et mes intestins me font un peu peur et je suis un peu obligé de marcher même en descente, c'est dommage. Je vois passer les 2h à ma montre à moins d'un km de l'arrivée.

L'adrénaline remonte d'un coup en entendant la musique et les encouragements et je finis en courant :)
6h25minutes après le départ c'est enfin fini ! Je suis 34è qui était le classement sur lequel je lorgnais un peu sans me l'avouer ouvertement.
9è temps de natation, c'est solide mais pas inattendu du tout. Je suis content d'avoir fait ça en étant un peu en dedans.
21è temps à vélo, j'en suis super fier parce que j'ai incroyablement progressé en deux ans. Je suis dans les meilleurs rouleurs d'un triathlon longue distance en montagne et ça fait vraiment plaisir. Il y avait peut-être même la place pour gagner encore 2 à 3 minutes mais pas beaucoup plus.
122è temps à pied : comme d'habitude en regardant le classement je suis l'anomalie à cet endroit là, les gars classés autour de moi ont les temps entre 20è et 60è, c'est un bon km/h plus vite et une dizaine de minutes. Est-ce que j'aurais pu raisonnablement faire un peu mieux ? Je pense, mais le mental en course à pied n'est pas mon point fort. Je dois aussi respecter mon effort de course, je n'aurais pas pu aller beaucoup plus vite. 5 minutes c'est cependant ce que Wil et David m'ont mis en me doublant sur la descente et le plat à moins de 4km de l'arrivée, une partie où j'ai marché au lieu de trottiner un peu plus. Il faut quand même regarder le verre plus qu'à moitié plein : 2h03 c'est 22minutes de moins qu'il y a deux ans et 122 c'est le 1/4 du classement c'est vachement honnête et je sais que j'ai les capacités d'aller chercher les temps des gars que j'ai menés pendant toute la course, il n'y a aucune raison du contraire !
L'un dans l'autre je suis fier de ma course, je suis capable d'aller chercher les premier 7-8% d'une course très exigeante, en me gérant bien et peut-être même un peu trop, ça fait plaisir et ça me donne de quoi voir et progresser encore un petit moment.

 

 

Au-delà de ça, l'ambiance a été extraordinaire, le TUC a été au top. La passage à Creu génial et les multiples passages autour du lac réservaient leur lot d'encouragements en jaune et noir ! Est-ce que j'aurais fait aussi bien sans les copains ? J'en doute. En plus on pense à ceux qui sont sur le full en se disant qu'ils souffrent encore plus que nous. Beaucoup d'émotion à l'arrivée de Séb que je rate à quelques minutes mais que j'entends à 500m, puis Clément, Lolo le surhomme du quotidien, Stéf et Olivier. Le lendemain j'essaye de rendre avec les copains ce qu'on a reçu sur nos courses en encourageant les copains à Creu encore une fois puis autour du lac.
 

Des week-end comme ça, on en veut plus ! Merci :)

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