Fable du lièvre et de la tortue, version boueuse

08/04/2018

Désolé d'avance, c'est un peu long, mais comme j'ai eu pitié de vous, j'ai découpé ça en 5 chapitres, comme ça vous n'êtes pas obligés de tout lire d'un coup...
Et puis si c'est soporifique, c'est tout bénef', ça vous fait 5 nuits à vous endormir sans problèmes ! ;-)

PS : Heureusement que je n'ai fait "que" 32km et pas un ultra, sinon j'éditais tout un bouquin... :)

 

1) Il était une fois...

Un TUCos et une TUCette inscrits au trail "Entre Save et Galop" : Priscilla sur le 13km et moi sur le 32. Elle avait gentiment accepté d'avancer son réveil d'1h pour m'emmener en voiture et venir m'encourager pour le départ à 8h30. Manque de chance, je la croise jeudi midi à la piscine de la Ramée et elle m'annonce qu'elle doit déclarer forfait en raison d'une déchirure à un mollet... Au programme pour elle : repos, crio et kiné, bon courage :(

Bon... je fais une réunion rapide avec moi-même : je n'ai pas de voiture, pas d'hélico, on n'a pas encore inventé la téléportation... Alors je me dis "qu'à cela ne tienne" (je ne parle pas vraiment comme ça dans ma tête mais je trouvais que ça faisait bien), tel un Francis des grands jours, capable d'enchaîner le GRP hiver le dimanche matin et le duathlon de Muret l'après-midi, j'assumerai mon statut de (néo-)triathlète et je me ferai l'aller retour en vélo pour un triathlon à ma sauce : 30km vélo - 32km de trail - 30km vélo. 

(dommage pour vous, c'était le chapitre le plus court ! Next...)

 

2) Quand soudain...

Je me réveille à 5h15 (15 min avant mon réveil : la vie est parfois mal faite... ou bien faite, ça dépend comment on voit les choses). Je m'enfile mon bol de lait avec 6 fat tartines de Nutella, et oui... on ne se refait pas, mais je me dis qu'il faudra bien ça ! Puis je saute sur mon vieux mulet, celui où la chaîne est coincée sur le petit plateau et saute si je passe sur les trop grands pignons ! Du coup vous imaginez bien que ça laisse assez peu de marge de manoeuvre... mais il faudra faire avec car pas question de laisser mon destrier tout neuf sans surveillance pendant le trail. Je sors à 6h, il fait encore nuit, Toulouse est calme et ouf!, il ne pleut pas encore. En plus léger vent dans le dos, c'est parti pour environ 1h30 de réveil musculaire ^^ 

Au programme : départ de Rangueil, visite de Blagnac, Cornebarrieu, puis je longe la forêt de Bouconne où je surprends 3 bambis au lever du jour, je leur fous la frousse de leur vie, les pauvres ! Après avoir dû pousser mon vélo sur un chemin de VTT car mon GPS pensait qu'un mulet c'est tout terrain, j'arrive finalement à St Paul sur Save. Je trouve le stade où je retire mon dossard puis je me change et je laisse mon sac au bar, passage obligé après la course puisque si j'ai bien compris, tous les finishers gagnent une bière gratos. Ils savent comment nous motiver à St Paul ! 

Les jambes vont bien, pour l'instant RAS. Je m'échauffe rapidement et discute avec un autre concurrent qui me dit avoir pris des chaussures à crampons et craindre que la boue ne lui colle aux semelles et ne rende ses chaussures lourdes, car il déteste ça. Comme je sens que le sujet vous intéresse à mort, je me suis renseigné pour vous (trop sympa non ?) et la phobie de la boue existe, ça s'appelle la fangophobie (on trouve aussi le terme biennophobie) : comme ça vous pourrez vous la péter à la prochaine soirée TUC, entre 2 Chouffes.

 

3) Et sans prévenir...

Le départ est donné, en petit comité (car il n'y a quasiment pas de spectateurs et à vue de nez on est une cinquantaine, c'est pas le compte de fée rêvé mais au moins je suis sûr d'être bien classé !). Je porte fièrement bon beau t-shirt jaune malgré la pluie qui a commencé, la preuve en vidéo si vous voulez admirer ma foulée de gazelle : https://youtu.be/dj8ca8tOQJs?t=53s
Les 2 filles qu'on voit à côté de moi sur la vidéo discutent tranquillement alors que j'ai déjà le souffle court. Elles se demandent quelle est la meilleure façon de se rendre à l'UTMB cet été, comment faire garder les enfants, et patati et patata... Visiblement on n'a pas le même niveau (pour rappel, l'UTMB c'est environ 170km pour 10.000m d+) ! Je les félicite pour leur qualification et nous échangeons quelques mots avant qu'elles ne se décident à passer la seconde : je me dis que je ne les reverrai plus... je me trompais ! (pfiouw, alors là si avec ça je ne suis pas le roi du suspens... !)

Au bout de 3 ou 4km, voici la première montée qui se profile. Et qui est-ce que je ne vois pas, déjà arrêté sur le bas-côté, assis sur un banc ? Mon ami le fangophobe ! Il est tranquillement en chaussettes en train de nettoyer ses semelles avant de commencer la petite portion de bitume qui nous attend. Je rigole intérieurement et me dis que les 32km vont être bien longs pour lui et que je ne le reverrai probablement pas. Deuxième grossière erreur ! (et bim, 2e suspens, si avec ça vous ne lisez pas jusqu'au bout, je peux faire une croix sur ma carrière d'écrivain). 

Le bitume vite avalé, retour dans la boue, je croise la route d'un concurrent qui fait partie d'une équipe dont j'avais déjà remarqué l'an dernier (au trail du Cagire) les super t-shirts "I Run Maiden", alias les métalleux-sportifs (si, si, ça existe, ils ne sont pas uniquement bons pour les pogos). Il est lui aussi déjà arrêté sur le bord du chemin mais pour une envie pressante, ça me fait marrer... je sais il m'en faut peu.

Les kilomètres défilent tranquillement grâce à toutes ces petites distractions, et je me rends compte que j'ai déjà fait 10km, ça fait 1h que je cours ! Il pleut, il y a de la boue partout, je me suis écorché les mollets mais je me dis que c'est le métier qui rentre. Je taille un peu la bavette avec un autre concurrent très sympa qui prépare le trail du Cagire (décidément !), avant que lui aussi ne se décide à accélérer et me laisse sur place. Mazette, est-ce que je vais trouver des compagnons de route aujourd'hui ?! Ce n'est pas grave, je reste sur ma stratégie de la tortue, lentement mais sûrement, on fait avec les moyens du bord !

Soudain au bout d'une quinzaine de kilomètres, je commence à me faire déborder de tous les côtés, par des gens très essouflés qui vont beaucoup plus vite que moi et je mets quelques secondes à comprendre qu'il s'agit de la tête de course du 22km (dossards rouges, alors que nous avons la couleur noir). J'apprendrai plus tard qu'il y avait quelques TUCs dans le lot, mais je n'ai eu le temps de voir qu'un éclair jaune ! :-)

Au fur et à mesure que le temps passe, les gens qui me doublent vont beaucoup moins vite, et certains m'encouragent, sympa de leur part. A un moment, un second dossard noir arrive à ma hauteur : une fille qui semble contente de retrouver un concurrent du 32km car elle pensait être sur le mauvais parcours. On met quelques secondes à se reconnaître : il s'agit en fait d'une des 2 "UTBM-girls" que je croyais loin devant !! Elle me demande si c'est aussi mon 2e tour de boucle parce qu'elle est certaine d'être déjà passée à cet endroit. Quand elle comprend qu'elle vient de faire un joli détour, elle est furieuse et pousse des cris de colère. Elle me fait un peu peur ^^ mais j'essaye de dédramatiser en lui disant que c'est de l'entraînement et du dénivelé en plus pour l'UTBM mais elle n'a pas l'air de cet avis et me distance à nouveau avec une facilité déconcertante : cette fois je ne la reverrai plus (pour de bon).

Pour fêter le passage au semi (environ 2h10 de course), je sors ma botte secrète et j'ouvre mon sachet de Granolas ! Par pure gourmandise car je n'ai pas vraiment faim, mais je me dis aussi qu'il vaut mieux ne pas attendre le coup de mou pour manger. N'empêche, il est bientôt 11h et mon petit déjeuner à 5h30 commence à être loin !

Clopin-clopant, je finis par me faire rattraper par mon pote le fangophobe qui me double avec un petit mot sympa. On aura été servis en termes de boue, de pluie et de glissades (plus ou moins maîtrisées). Quelques traversées de ruisseaux et de flaques de boues nous assurent de garder les pieds bien trempés, mais encore une fois... c'est le métier qui rentre !

Bon... faisons le bilan : I run maiden, le fangophobe, mister Cagire et les UTMB-girls m'ont tous semé. Je ne sais pas trop combien il reste de gens derrière mais je m'en fous, je maintiens l'allure tortue, le tout est d'arriver au bout, et puis il me restera 30 bornes de vélo. Par contre je commence à avoir froid, ça fait 3h que je suis trempé, et la pluie ne semble pas vouloir cesser !

Les kilomètres se font de plus en plus sentir et vers le 29e il faut passer un gros talus de boue, je m'y prends à 3 fois sans y parvenir, je glisse les mains et les genous dans la boue. Visiblement je commence à fatiguer et il n'y a plus la lumière à tous les étages car j'essaye les 3 fois sans changer de technique, c'est un peu voué à l'échec ! Heureusement, des concurrents me rattrapent, je dois faire peine à voir à m'escrimer contre ce talus ^^ On s'aide à monter les uns les autres puis je prends mon courage à 2 mains pour repartir : il ne reste que 3kms, la fin est toute proche !

Je finis, comme à mon habitude, à un rythme proche de la marche sur les 100 derniers mètres, histoire de savourer l'arrivée. C'est quand même le meilleur moment non ? Je n'aime pas le gâcher en sprintant... Je perds encore une place dans l'opération mais l'essentiel est ailleurs...

 

4) Mais heureusement...

Sous l'arche de l'arrivée, une bénévole marrante s'amuse à donner la bequée aux coureurs (comme elle le dit elle-même). Comme nous avons tous les mains pleines de boue, elle nous met des morceaux d'orange directement dans la bouche ! On rigole et je récupère un éco-cup et le fameux graal : le ticket pour la bière ! Un tour au ravito mais je suis tellement trempé que j'ai froid et je tremble comme une feuille. J'ai même du mal à tenir mon verre de bière et j'en renverse un peu, ce qui ne m'arrive jamais en temps normal ! ;-)

Comme j'ai de la boue jusqu'aux cuisses, je me rince les jambes vite fait aux vestiaires, l'eau est super chaude et je regrette fortement de n'avoir pas pris de serviette... De toute façon il faut rentrer à vélo sous la pluie alors perdu pour perdu, autant rester sale ! Je croise un trailer que je connais et j'ai la faiblesse d'envisager de lui demander de me ramener en voiture, mais j'ai un défi à relever et je décide de m'y tenir !
Je règle le GPS en sens inverse, 30km OK, fallait pas espérer que la distance ait diminué, mais 150m de dénivelé ??? Bon on fera avec... 

1h30 et quelques slaloms entre les escargots plus tard, me voilà arrivé chez moi. Il est 15h, j'ai bien mérité une bonne douche et une sieste !

 

5) Tout est bien qui finit bien !

En regardant le classement le soir-même, je découvre que je suis 40e sur 56 en 3h23 (moyenne de 9.5km/h). 
Ma montre indique 850m d+ au lieu des 630 annoncés. Quand bien même je soupçonne la météo d'avoir fait dérailler un peu ma montre, le dénivelé est flatteur alors je décide de la croire ^^ 

Au final, I run maiden a devancé l'UBTM-girl#1 de 10s, ils sont arrivés environ 8 min avant moi. Le fangophobe a mis 5 minutes de moins que moi et, de manière assez incroyable, UTMB-girl#2 est derrière moi ! Elle a dû se planter de route elle aussi... 

Comme quoi... La Fontaine avait raison : parfois le lièvre arrive après la tortue.

PS : J'ai hésité à appeler ça la belle et la bête plutôt que le lièvre et la tortue mais ce n'était pas très flatteur pour moi !! ;-D
PS2 : Je n'ai pas non plus osé finir par ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants, vu que je ne sais pas trop si elle aurait été d'accord...

Evidemment, cette petite fable est dédiée à toutes les tortues !

Anaël

 

 

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