"Des hauts et des bas" par Chris après Luzech

 C’est le gentil nom des victoires et des défaites. Des défaites j’en ai connu bien sûr, comme tout le monde. Mais j’en ai connu une l’an dernier, trois semaines avant l’IM de Nice, que je préparais depuis un an, lorsque je me suis fait renverser en moto par un camion. Ce jour-là le chauffeur ne s’était pas rendu compte qu’il venait de faire une croix sur un rêve de gosse et sur le support inextinguible de ma femme et de mes trois enfants. Je me suis donc résolu à suivre la course depuis mon canapé en regardant de temps en temps d’un air accusateur mes deux pieds blessés. Plus tard, j’ai lu passionnément les récits de course des copains avec lesquels j’ai eu le plaisir de partager cette prépa. Je me sentais malgré moi exclu de la liesse et ce jour-là, je me serais bien accroché à un récit de défaite. Peu de gens osent le faire, certainement par pudeur, mais aussi pour aller de l’avant, passer à autre chose. Je n’y pense pas souvent, mais je garde dans un coin de ma tête le fauteuil roulant à la maison pour pouvoir m’occuper de mon dernier de 4 mois, puis ces satanées béquilles qui ne savent pas se faire oublier. La reprise de la marche ensuite et les essais de course avec ma fille de 6 ans : à peine 10 sec au début pour habituer les chevilles à peine consolidées. Ça la fout mal quand mon grand kiff c’est justement la course à pied.

Tout arrêter facilite quand même l’introspection. Cela faisait quelques années que je rythmais ma vie avec des objectifs (sportifs ou pro), et que finalement j’avais le sentiment de m’enfermer dans des objectifs, des prépas, des contraintes quoi… Cette année donc, un seul objectif : le plaisir. Et donc au programme, que des courses qui me feraient du bien (Attends, j’ai le droit de passer un hiver sans faire 5h de vélo le dimanche matin ?!). Evidemment, je reste persuadé que je n’arriverai jamais à retrouver le niveau que j’avais juste avec ma rencontre avec le camion.

Côté sport, cette année 2017 ne fut donc rythmée que par les entrainements de nat au TUC avec coach Laetitia (les lundi et jeudi midi) et mes entrainements persos de course à pieds (2-3 fois par semaine). Mardi dernier j’avais envie de voir où j’en étais et par hasard je suis allé visité le calendrier des compétitions sur notre magnifique site du club. « Aquathlon LD de Luzech ». Luzech étant le village de naissance de ma mère, j’étais donc contraint, enfant, de m’y ennuyer le plus puissamment possible une grande partie de mes vacances.

C’est donc vingt ans plus tard que j’y retourne, un brin nostalgique quand même, et étrangement étonné par la beauté du lieu. J’arrive évidemment complètement « à l’arrache » : Des bouchons à l’échangeur de Montauban, je n’ai pu avaler que trois tranches de pain et une poignée de raisins secs avant la course. J’arrive cinq minutes avant la fermeture du parc et après un vague salut à Pierre-David (participant assidu à cette épreuve !), je concentre toute mon énergie à me préparer et à enfiler la combi. Direction ensuite dans l’eau, juste à temps pour ajuster la combi et faire trois brasses. Le parcours consiste à deux boucles de 1500m dans le Lot puis 16.5 km de course à pied entre chemins caillouteux et bitumes. Petits sourires échangés avec Pierre-David dans l’eau avant que la corne de brume retentisse. Passé les premières claques dans l’eau durant les premiers mètres, je peux allonger un peu. Elle se passe sans encombre, je reste globalement dans le même groupe du début à la fin. En sortant de l’eau, il y a un petit passage dans de grandes algues qui semblent s’emmêler autour de nos bras. Arrivent les marches pour sortir de l’eau, mon grand garçon m’annonce 13ieme, moi je ne l’ai pas cru et je m’estimais 25ieme. Je fais une transition pas terrible (on se refait pas), je galère à enlever la combi, et à enfiler le porte-dossard. Au final je pars sur un rythme de 3’45 au kilo environ, pour rattraper le groupe de 4 personnes devant moi. 1 km après ils sont derrière moi, puis 3 personnes de plus que je rattrape doucement. S’ensuit 4km pendant lesquels je cours tout seul en gardant un rythme d’environ 3’50. Au ravito on m’annonce 4, ce que je ne comprends pas (« Comment ça 4 ? »). Je continue malgré tout. Ce n’est qu’au 6ieme kilomètre, en doublant Jean-Christophe Castaing, qu’il me dit que je passe 3ieme. Tout content de la possibilité de faire un podium je creuse le trou jusqu’à voir le deuxième au kilomètre 8. Petits signes d’encouragements et je continue tout seul. Au kilomètre 10 je vois le premier du Toulouse Tri bien devant, à 400m sur une longue portion droite, accompagné du vélo qui ouvre la voie. Je mets 2km à grignoter la distance qui nous sépare. Je commence à accuser le coup, on a un petit vent de face qui en plus de nous ralentir nous assèche. Je comprends qu’il s’agit de Jean-Claude Mougnibas qui est un bon coureur. Je reste 30 secondes avec lui le temps de récupérer et d’échanger 2-3 mots. Là je me dis que si je ne veux pas finir en sprint final il vaut mieux que j’en remette une couche maintenant. L’ennui c’est que la déshydratation commence à se faire sentir, l’hypo aussi. Je sais que c’est aussi un coup de bluff et j’essaie de garder la cheville légère. Au bout d’un kilomètre il est à environ 100m derrière (ce qui n’est pas grand-chose) et moi je commence à compter le temps qui me sépare de la ligne d’arrivée. Au ravito du km 14 je prends le temps de boire un coup et de me verser un verre d’eau sur la nuque. Il me reste 2km, c’est environ 8min. Une broutille. Mais au kilomètre 15, le cycliste qui ouvre la voie m’annonce encore 1.5 km (« Mince ! J’avais oublié ces 500 derniers mètres !) Grosse claque, deux gros points de côté se font sentir, je pense même abandonner. Deux solutions s’offrent à moi : Soit je marche, soit je ralentis. L’ennui avec la première option c’est que comme Jean-Claude me voit, il peut facilement profiter de ce moment de faiblesse. Je ralentis donc et me retrouve à 4’15 au kilo environ, j’ai l’estomac noué, je suis complètement déshydraté et c’est difficile de faire illusion sur mon état de fatigue. Je passe le kilomètre 16 en me demandant où est cette fichue ligne d’arrivée cachée par les platanes le long du Lot. Le paysage finit par s’ouvrir sur une grande descente et laisse découvrir la ligne d’arrivée : Toutes les douleurs s’envolent, les point de côté, le souffle se libère, les jambes sont de nouveau fluides. Je vois ma femme Elsa et nos trois beaux enfants, je grimace un sourire, soulagé que ce soit fini. J’ai ensuite été rejoint par Christophe, Pierre-David,  Alice et David. Tous avaient des mines radieuses, c’était un bel après-midi.

On est le lendemain, ce matin des triathlètes chevronnés (dont Steph Picard !) se sont élancés au départ de l’IM de Nice. J’ai toujours un petit pincement en me demandant si un jour j’y participerai ou pas. On verra. La vie est faite de haut et de bas, hier il s’agissait d’un haut.

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