Embrun 2016 : Florence, féminine TUC au départ...et à l'arrivée !

18/08/2016

 

2016 a été une année de "premières" : les premiers dossards en triathlon pour certains, les premiers Half-Ironman pour d'autres (voir épisodes précédents : Altriman). Les plus courageux d'entre-nous ont décidé de se mesurer au maximum de la difficulté dans notre sport, une Ironman montagneux à Embrun. Avec 9 licenciés TUC au départ, il y a beaucoup d'histoires à raconter au sein du club. C'est Flo qui ouvre le bal avec son récit qui donne des frissons :

Il est des moments dans la vie où l’on a besoin de se lancer un gros défi, pour se prouver qu’on en a dans la culotte, ou bien parce qu’on pas grand-chose dans la tête, ou encore parce qu’on est (très) influençable.

C’est un peu pour ces 3 raisons que je me suis inscrite à l’édition 2016 de l’Embrunman programmée pour le 15 août 2016.

D’abord pour faire plaisir à mon chéri qui me susurre depuis quelques années qu’on pourrait partager cette (belle) expérience, ensuite parce que je m’étais promis de participer à cette épreuve (terrorisante) si des problèmes de santé rencontrés ultérieurement se résolvaient, et enfin parce qu’il existe des épreuves sportives plus difficiles alors mon cerveau accepte finalement ce «pas pire».

Et puis il y a aussi les copains du TUC qui y participent, c’est le moment de vérifier l’adage « à plusieurs on est moins seul »…

Voilà, il s’agit maintenant de pouvoir enchainer en 17 heures maxi 3,8 km de natation en lac, 188 km de vélo avec 3000 à 5000 mètres de déniv positif (selon les sources) et un marathon à peine rehaussé de 440 mètres. Ce premier triathlon format XXL sera le 5ème de ma carrière, après 2 « courte distance » et 2 « halfironman » effectués sur les 3 dernières années.

Tu as bien mérité de lever les bras !

 

 

 

Je ne peux donc pas compter sur mon expérience pour me sortir d’affaires. Je compense alors avecun nouveau vélo et des roues un peu plus performantes, et en m’inscrivant à des cours de natation. C’est maigre, mais il ne faut rien négliger.

Je nage suffisamment pour savoir que je tiendrai la distance. Il me reste à tenter d’être un peu plus hydrodynamique pour moins me fatiguer et à me familiariser avec la nage en eaux-vives avec la combi. Ce que je fais pendant les quelques semaines précédant la course. J’atteints le summum de la familiarisation en allant nager un matin à 6h30 ; ce jour-là mon organisme est surpris, il ne le sera donc plus le jour J.

Pour la course à pied, je mise un peu sur ma préparation marathon de fin 2015 et sur mon endurance générale. C’est la dernière épreuve, j’y arriverai déjà pas mal (ou complétement) entamée. Je vise la bonne gestion pour aller jusqu’au bout plutôt que le chrono ! Donc pas de préparation spécifique en dehors des (petits) enchainements vélo – course à pied après les sorties vélo.

Le gros morceau, c’est le vélo. Il ne faut pas y laisser trop de jus (pour 188 km et 5000 de D+, ça me fait bien marrer) et passer les barrières horaires qui ne me laissent pas trop de marge par rapport à mon niveau. En juin, un bon bloc de 4 jours à l’Ardéchoise (640 km et 10.000 D+), suivi quelque jours plus tard par les 198 km de l’Ariègeoise (et ces 4000 et quelques de D+) m’apportent une nouvelle (petite) sérénité : je serai au moins capable de terminer le vélo !

On enchaine fin juillet avec les 3 montées du Ventoux dans la même journée et l’aller-retour du Col de la Bonnette 3 jours plus tard ; maintenant c’est sûr, je ne suis toujours pas rapide mais bien endurante.

J’arrive ainsi au 14 août avec environ 5000 km de vélo et pas mal de déniv, une nouvelle aisance à nager en eaux-vives avec la combi et une certaine sérénité : je me prépare à partir pour une longue (longue) journée de plein air et j’oublie les chiffres, les enchainements et tout le reste qui me fout la trouille.

Jour J, 3 heures du matin, le réveil sonne. Petit déj consistant, rassemblement des affaires pour la journée et on se dirige vers le parc à vélo rejoindre les 1050 autres athlètes qui attendent de passer les contrôles d’identité pour se préparer. Il fait nuit, doux, les prévisions météos pour la journée annoncent grand beau et très chaud (et pas d’orage, un stress en moins), l’eau du lac est à 23°C.

Chacun se dirige vers son vélo pour poser toutes ses affaires, s’enfiler dans sa combi, regonfler le vélo une dernière fois, préparer les affaires de vélo et de course à pied, remanger un peu avant le départ… Ambiance feutrée de petit matin, légère tension dans l’atmosphère égaillée par la bonne humeur des retrouvailles avec les copains.

5 heures 45, les arbitres nous rassemblent devant le plan d’eau (tension).

5 heures 55 le départ est donné pour les 75 féminines. Une embarcation avec un projecteur ouvre la nuit vers la première bouée, il ne faut pas la perdre de vue. Un peu plus tard, le bruit sous l’eau change, ce sont 2000 bras masculins partis quelques minutes plus tard qui se précipitent vers nous, finie la tranquillité !

3,8 km, 1 heure 18 et pas mal de baffes plus tard, je retouche la terre ferme, un peu enivrée par la sur- ventilation de la natation (et les baffes). Je fais une grosse transition de presque 10 minutes pour retrouver mes esprits, mon équilibre et mes affaires de vélo.

J’entends le commentateur raconter la tête de la course qui a déjà bien entamé le vélo et décide de ne plus y faire attention pour me concentrer sur ce que je peux faire plutôt que sur ce que je ne pourrai jamais faire !

Et me voilà partie pour le (conséquent) deuxième morceau de cet ironman, 188 km de vélo et ses quelques côtes. J’ai repéré le parcours, je sais où sont les difficultés, il va falloir gérer ! Il est 7 heures

30 en ce beau matin de 15 août, l’air est doux, la ballade s’annonce plaisante. Il me faut rouler un petit moment avant de ne plus sentir le roulis de la natation et retrouver mes jambes.

On longe le lac de Serre-Ponçon par l’ouest, on le traverse par le pont de Savines, puis on repart vers le nord pour s’engager vers Guillestre, la vallée du Guil et le col de l’Izoard. Les 6 derniers kilomètres sous le col sont à 9%, mais on oublie rapidement la difficulté tant le paysage de la Casse déserte est imposant. Passé le col, on redescend sur Briançon. Il ne fait même pas froid dans la descente, c’est dire si ça tape, on va prendre cher dans l’après-midi ! On reprend quelques petites routes et côtes pour finir de se fatiguer, dont la fameuse côte de Pallon, une petite rampe de 2 kilomètres à plus de

12% et la côte de Chalvet, les derniers 5 km de côte dans Embrun, la cerise sur le gâteau.

8 heures 55 de pédalage plus tard, je repose mon vélo au parc, chausse mes runnings, un peu de crème solaire sur les épaules, une casquette et me voilà partie pour cet enchainement que je n’ai jamais réussi à imaginer : partir courir un marathon à 16 heures après avoir accumulé déjà plus de 10 heures d’effort.

Et là miracle, mes jambes vont bien, je vais bien, et je garde tranquillement mon petit rythme pendant toute la première boucle de 14 km. Je sais que les premiers sont déjà arrivés avant même que je pose mon vélo ; l’écart est vertigineux, mais ils n’ont pas la chance de vivre ces longues heures d’introspection qui patinent les foules laborieuses d’une patience inébranlable…

Il y a plein de monde sur ce parcours de course à pied plutôt urbain, des spectateurs qui encouragent courageusement sous un soleil de plomb, des copains qui se sont levés avant l’aube pour nous encourager, des bénévoles qui luttent contre les effets de plus en plus marqués de la déshydratation à grand coup d’eau et d’éponges et des coureurs qui se hèlent, s’encouragent, se doublent et parfois s’évanouissent. Je croise les copains du TUC, dans des états différents, et je confirme que c’est bien vrai qu’à plusieurs on se sent moins seul ! Pendant quelques instants les couleurs noire et jaune du TUC m’emplissent d’une nouvelle énergie, avant de retourner à ma petite foulée surchauffée.

Donc, un premier bon tour, on s’y attend, est suivi d’un difficile deuxième tour. Je cours encore pendant la première moitié, mais j’ai les pieds plombés et juste assez d’énergie pour marcher sur la seconde moitié. Gros travail d’introspection, rester calme, récupérer, ne pas me griller pour ne pas terminer sur la barquette des secouristes dont les camions hurlent l’urgence d’aller récupérer des participants en grosse défaillance. Ça tombe dans tous les sens, personne ne veut lâcher après autant d’efforts, alors les limites sont dépassées et les athlètes s’affaissent, hagards, vidés.

Je garde en tête les conseils de Vincent : humour, humilité et détermination. Ça me fait sourire, ça me détend et j’arrive à boucler ce deuxième tour avec la détermination de me ménager suffisamment pour aller jusqu’au bout de cette course. Et enfin j’attaque la dernière boucle, dernière fois la côte, dernière fois les pavés en ville, dernière fois l’horloge. J’alterne marche et course selon si ça monte ou si c’est plat. Je ne peux plus ni boire ni manger depuis un bon moment, plus rien ne passe. Au milieu de ce dernier tour, je vomis, ça me libère et je retrouve un peu de jambe et de souffle pour reprendre un petit rythme régulier de course.

Il fait nuit, il n’y a plus de spectateurs, les coureurs qui restent sont des ombres silencieuses, il n’y a presque plus de bénévoles, plus d’arbitre, on est seuls mais tous déterminer à aller jusqu’au bout.

Enfin je passe sous le pont de la nationale qui annonce l’arrivée vers le parc à vélo, j’entends le micro de l’arrivée, encore quelques centaines de mètres qui me paraissent interminables. Vincent m’attend juste avant l’arrivée, une petite embrassade mais vite-vite il faut que je passe cette ligne d’arrivée qui m’obnubile depuis des heures et CA Y EST, C’EST FAIT !!

Je suis trop épuisée pour me réjouir, pas la force de rester ni debout ni assise. Juste restée immobile, allongée par terre à côté de mon vélo dans un parc à vélo presque vide. Sur les conseils d’un kiné, on va se faire masser, puis on passe par la tente des secouristes pour s’alimenter et se réhydrater.

On sort nos vélos du parc à minuit pour filer au camion se coucher directement.

Le lendemain, après une bonne nuit et un réveil libre de toute courbature, je savoure le calme retrouvé ; je termine à la 656ème place sur 785 arrivants (plus de 300 abandons, presque 1/3, dur-dur) en 15 heures et 54 minutes, 39ème féminines sur 59 arrivantes (sur 75 au départ, là aussi il y a eu écrémage).

 

Heureuse d’avoir terminé, heureuse d’être allée jusqu’au bout, mais avec une petite pointe d’envie de revanche sur la course à pied… A quand le prochain alors ? Merci en tous cas à tous les soutiens physiques, psychologiques, téléphoniques et énergétiques, c’est grâce à vous que j’ai tenu jusqu’au bout !

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